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L’évolution de l’art floral et les nouvelles tendances

Comment l’Art floral a-t-il évolué au fil du temps ? Regard très personnel d’Isabelle Rabin, décoratrice florale et enseignante d’art floral, témoin de ces changements…

Hier...

Nous sommes loin en effet de la « bouquetière » du XVe siècle qui « fait ou agence des bouquets de fleurs naturelles » et qui devient ainsi, progressivement, une figure marquante du peuple. Il est très loin également ce temps où la fleur se pavanait dans les « supports de calèche ». Loin encore celui des premiers « jardins ouvriers » introduits en France en 1893 par l’abbé Lemire qui évolueront jusqu’aux « jardins familiaux », ceux qui ont peut-être été une petite goutte d’eau permettant au plus grand nombre de s’approprier, dans le quotidien, cette relation à la fleur qui fait de nos jours notre plus grand bonheur en Art floral. On ne peut oublier les siècles de gloire des sublimes jardins Royaux de France et de Navarre, ainsi que l’Art liturgique au temps de Saint François de Salle, de Thérèse d’Avila au XVIIe siècle et de ses Visitandines du Saint Coeur de Jésus…
Le raccourci est un peu… bref ! Nous avons passé sous silence l’après-Révolution portée par le catholicisme populaire du XIXe siècle, avec les grandes figures naturalistes : Marcel Swabe et son critique Paul Bourget, les brillants botanistes relayés par Zola et Marcel Proust. Cette riche période, passant du naturalisme au symbolisme, nous a ouvert « grand » le regard sur la nature.

...et aujourd’hui

Nous allons « plonger » maintenant, dans ce qui fait notre quotidien depuis une trentaine d’années. Bien après les « bouquetières », nos grands mères dans les années 1930, dans « le 91 » par exemple, ont organisé la cueillette des fleurs, dans les jardins et entreprises familiales de rosiéristes, ainsi que leur mise en place dans des grands paniers d’osiers. J’ai retrouvé ces mêmes paniers d’osiers, intacts, à Rungis remplis de pivoines et de roses de jardins. Dans les années 80, Rungis regorgeait de fleurs provenant des terres horticoles de la région parisienne. L’Art floral de ces années-là était confiné dans les différentes écoles à Paris et en province. En effet, les échanges entre nos écoles (travail de recherche) et le monde d’un fleuriste dans sa rentabilité n’étaient pas encore à l’ordre du jour.

Evolution

Beaucoup de fleurs de jardin circulaient et emplissaient ainsi les étals et nos tables d’études. Profusion de fleurs… Progressivement, nous sommes passés des bouquets d’époque à des compositions plus contemporaines, épurées. Des mots tels que masse, ligne, courbe, géométrie ont fait partie de notre vocabulaire. Parallèlement le monde des décorateurs donnait une plus grande place à la fleur dans leurs évènements prestigieux. Le « budget fleurs » avait autant d’importance que celui du traiteur. Pour satisfaire au côté grandiose des manifestations florales, il a fallu rivaliser d’ingéniosité et de créativité. C’est là que nos horticulteurs de la région parisienne se sont vus sollicités de toutes parts pour nous procurer « le » végétal inconnu sur les étals de Rungis, l’écorce bizarre, « la » branche tordue à souhait, jusque-là laissées négligemment de côté, pour eux sans importance. Les fleuristes ont vu leur conception évoluer. Le mot décorateur à côté de celui de fleuriste fait désormais partie intégrante du monde de la fleur. Elles sont loin les Bouquetières ! Pendant ce temps, l’intégration dans nos compositions florales, de toutes sortes de matériaux aussi bien végétal, minéral, en fer, en plastique et autres matières étonnantes, nous sont proposés à profusion. Cette « intrusion » aux côtés de la fleur a permis un regard plus global sur nos compositions. C’est là que les mots masse et ligne prennent tout leur sens. Pour ma part, il m’est impossible de choisir les éléments nécessaires à une composition florale sans penser « couleur et masse ». La couleur surtout, le matériau ou la variété de la fleur m’importe peu. C’est le rapport entre les textures que je privilégie, tant celui des différents matériaux entre eux que celui de taches d’une même couleur à partir de matériaux distincts. Je me rappelle le temps où j’allais chercher mon inspiration le long des vitrines des grands couturiers. Le orange et le rose fuchsia n’avaient pas spécialement droit de cité dans nos écoles ! Mais c’était tellement séduisant… sur le tissu !

À l’excès…

Conquise par « le » carton en décembre 2010 à la SNHF, et dans l’enthousiasme de la nouvelle texture à expérimenter, le lys blanc prévu pour l’occasion resta dans les cartons ! Conclusion : la masse et la texture, oui, mais pas au point d’oublier ce qui doit rester un Art… floral. La fleur a changé aussi : depuis quelques années, la renoncule est devenue énorme et très en vogue, la rose d’Afrique du Sud est devenue bleu marine ou noire, deux fois plus grosse, et tient remarquablement mieux que toutes les autres. Pour la masse, c’est parfait, pour le budget aussi, puisqu’il en faut moins ! Cependant, on peut se poser la question de savoir pourquoi et comment ?
Bien entendu, il n’est pas en notre pouvoir d’influencer telle ou telle proposition du marché de la fleur. L’évolution de nos compositions florales : plus en masse, plus en rondeur, ponctuées de taches de couleur et nécessitant plus d’espace, ne pourrait-elle pas contribuer par notre demande de « toujours plus » à aller au-delà de la bonne mesure, au delà du juste milieu ? C’est une question que je laisse à votre réflexion.

Isabelle Rabin

L’auteure remercie Sylvie Fayet-Scribe, professeur à l’Université de Paris 1, spécialiste sur le sujet de l’intégration de la fleur à travers les siècles.

A Celtic Journey

Depuis juin 2011, l’Irlande a la responsabilité de la WAFA (World Association of Flower Arrangers) pour 3 ans, avec la charge d’organiser le 11e concours mondial de la WAFA en juin 2014 et de réunir auparavant les délégués des pays membres de la WAFA pour un séminaire de 9 jours.

Cette année, ce séminaire s’est tenu dans l’ouest de l’Irlande, de Cork au Comté de Clare (10-19 mai). Le Comité WAFA d’Irlande, autour de la présidente Kitty Gallagher et sous la houlette de Mary C. O’Keeffe, a montré sa parfaite efficassité et son total dévouement aux 92 déléguées de 22 pays des cinq continents. La France était représentée par Michèle Enel et Nicole Siméon.
Chaque pays devait faire un grand bouquet pour l’exposition d’ouverture du séminaire dans les salons de l’hôtel Fota Island   de Cork. Ce fut l’occasion de comparer les différents styles traduisant l’art floral mondial, les organisatrices irlandaises ayant pris soin d’imposer le même support et les mêmes dimensions à tous les pays.
Pour la France, Michèle Enel a choisi de traduire la vitalité et la couleur du midi, fier de son carnaval, en superposant un cône de feuilles d’aspidistra vert clair sur un cône de  fil à bonzaï et en faisant danser des fleurs de vanda aux extrémités de faisceaux de Steel Grass enroulés de fil à bonzaï.  L’originalité et la rigueur du travail ont été remarquées en contrastant parmi les autres présentations plus traditionnelles.

Cette exposition ne fut pas l’unique occasion de travailler car 3 ateliers ont été successivement organisés sur le thème des démonstrations :

« Exploring the landscape » par Theresa Collins (paysage), « Nature’s Regenerating Gift of Green » par Eileen Dwyer O’Brien (travail de feuilles) et « It’s all in the box » par Carol Bone (décorer une boule avec les végétaux imposés).

L'art floral Irlandais

Deux autre démonstrations ont complété la présentation de l’art floral en Irlande :
Une de Mary Johannes : « With a little Help from my Garden » et l’autre de Brid Kelleher : « Transformed by Time ». De plus Richard Haslam, célèbre décorateur Irlandais, a offert un prestigieux spectacle floral sur scène  « My Celtic Journey »  suivi le lendemain d’un atelier de bijoux !

Deux concours différents

Les Délégués ont eu l’honneur de juger deux différents concours organisés pour les membres des clubs floraux de l’AOIFA de Cork et de Limerick : intéressant exercice de pouvoir juger au milieu de dix juges de dix pays différents ! Ce séminaire parfaitement organisé et très chaleureux a bien rempli sa double mission : faire travailler ensemble tous les pays membres et permettre de tisser des liens amicaux entre les membres. Certaines participantes ont  depuis 1982 vécu tous les séminaires et ont toujours la même joie de retrouver leurs amies de tous les horizons. Botanique et Horticulture furent au programme avec la visite de  trois jardins très différents : du grand parc dit « à l’Anglaise » (Muckross Garden) au jardin fourmillant de plantes de tous les continents (Mark et Laura Collins Killarney) : le Kerry réchauffé par le Golf Stream a une végétation luxuriante et exotique. Ce voyage Celtique de Cork vers l’ouest  s’est terminé par Le Burren, Parc National. Ici le paysage est fouetté par les vents de l’atlantiques, les plantes se réfugient dans les cavités des roches calcaires et offrent une rare collection de plantes alpines ! Le compte-rendu du voyage ne serait pas complet s’il n’était noté la remarquable qualité de la cuisine et surtout la joyeuse ambiance que crée la musique irlandaise en donnant une terrible envie de danser !
Cette expérience irlandaise permet de croire que le 11e concours mondial de la WAFA « FLORAL ODYSSEY » du 18 au 22 juin 2014 à Dublin sera un événement floral et amical mémorable !

Boston, capitale mondiale de l’Art Floral

La WAFA, World Association of Flower Arrangers, a pour objectif de promouvoir l’art floral à travers le monde. L’Organisation compte aujourd’hui trente pays et sa présidence est assurée, pour une durée de trois ans, par l’un des pays-membre qui a pour mission d’organiser le séminaire et le festival international d’Art Floral.


Le mandat des États-Unis s’est achevé récemment avec un spectacle haut en couleur. Du 15 au 19 juin dernier, la ville de Boston a accueilli la 10e édition du festival et fêté les 30 ans de la WAFA. Les démonstrations d’art floral ont eu lieu dans les diff érents théâtres de la ville. Les participants au concours international ont présenté leurs créations d’art fl oral au Seaport World Trade Center où se sont également déroulées plusieurs conférences. Près de 550 concurrents inscrits dans l’une des 30 catégories ont exprimé leur créativité et leur technique, tout en valorisant la beauté et l’originalité du végétal, afin d’offrir aux nombreux visiteurs une exposition inoubliable.
L’occasion était idéale pour des rencontres entre passionnés, autour et au-delà des fleurs, et des échanges culturels et amicaux riches. Un nouveau pays membre, le Brésil, a été accueilli lors de l’Assemblée Générale. Après le Japon, le Pakistan et les États-Unis, la WAFA revient en Europe. L’Irlande préside la WAFA pour les trois années à venir (2011- 2014) et Dublin sera, en juin 2014, le théâtre du prochain Festival International d’Art Floral.

La France honorée par ses représentantes

Voici les prix obtenus par les concurrentes françaises :

  • Prix de l’Excellence artistique et Premier Prix, catégorie “Caméléon” (bouquet à deux faces) : Marie-Luce Paris
  • Deuxième Prix, catgéorie “Stones” (imposé) : Michèle Enel
  • Deuxième Prix, catégorie “Space” : Nicole Siméon
  • Troisième Prix, catégorie “Seasons” : Geneviève Cuypers et Elisableth Magri

Premier Prix, catégorie “Caméléon” (bouquet à deux faces) : Marie-Luce Paris
Deuxième Prix, catégorie “Space” : Nicole Siméon
Deuxième Prix, catgéorie “Stones” (imposé) : Michèle Enel
Troisième Prix, catégorie “Seasons” : Geneviève Cuypers et Elisableth Magri
Prix de l’Excellence artistique : Marie-Luce Paris

Tour du monde floral

Argentine
Etats-Unis
Irlande
Kenya
Pakistan
Corée

Séminaire Ars Florum, design floraux avant-gardistes

Créée en 2004, l’association Ars Florum, lieu de rencontre et de discussions en Europe, regroupe les professeurs européens diplômés en art floral. Présidée tous les 3 ans par un pays différent, après l’Italie, la Belgique, c’est la France qui en assure la responsabilité dynamique. La présidente Laurence Perez se doit de rassembler les membres autour d’évènements majeurs, leur permettant de côtoyer et de travailler avec les grands noms de l’Art Floral.

Le séminaire annuel d’Ars Florum est un lieu d’échange et de travail entre les différentes nationalités. Après le château de Chenonceau en 2010, c’est le château de Valençay, un des plus beaux châteaux du Val de Loire, qui en 2011 a servi de décor aux créations florales des professeurs.

Chaque réalisation est le fruit d’échanges

Les professeurs s’ouvrent aux techniques nouvelles, explorent le travail des matières, les alliances de couleurs… Le séminaire d’Ars Florum est un vivier d’idées où chacun s’imprègne du savoir-faire des autres. Une formation continue qui, chaque année, en plus de l’art floral, s’ouvre vers d’autres métiers d’art.
Après la vannerie avec Thin N’Guyen venu spécialement du Viêtnam, c’est Eric Boucher, maître verrier d’art, qui a initié les stagiaires aux techniques de collage du verre par séchage UV, permettant la réalisation de structures en transparence. Une alliance du verre et des fleurs. En 2011, dans ce haut lieu, 42 professeurs ont eu la chance de travailler auprès et avec ces créateurs de renom. Geert Pattyn et Clément Petit, grands stylistes ont fait voyager vers les nouveaux design floraux. Ars Florum permet de se nourrir des passions, apprendre des techniques et des façons de travailler des uns et des autres. La différence devient richesse et l’approche des nouvelles matières prend tout son sens pour renouveler ses aspirations.

Geert Pattyn

Ce maître-fleuriste jouit d’une grande notoriété tant en Belgique qu’à l’étranger. Il est réputé pour son style pur, simple et naturel. “Rester créatif et progresser” est le conseil que Geert tient à prodiguer. La cour d’honneur du château de Valençay s’est embrasée de couleurs avec l’amaryllis, fleur phare de ses créations.

Les professeurs ont décoré les salles de leurs créations…

D’inspiration moderne ou classique, grande ou petite, chacun a laissé libre cours aux jeux de fleurs et de végétaux pour répondre à l’esprit de la pièce. Les explications sur chaque création (pourquoi et comment les réaliser, les difficultés rencontrées de l’espace, le choix des fleurs pour l’alliance avec la pièce, etc.) ont été autant de moments communs d’enrichissements techniques.

L’art floral et la peinture

Il a été organisé une exposition de tableaux de Valérie Lehman et Sandrine Vallée. Les créations florales se sont faites l’écho graphique et ont joué des harmonies des couleurs.

Démonstration dans le petit théâtre : Yvan Poelman

Le petit théâtre du château a ouvert exceptionnellement ses portes aux participants pour un spectacle floral éblouissant. Fine fleur de la fleuristerie gantoise, il apporte un mélange unique de charme et de conception de pointe.

Clément Petit et Geert Pattyn " des lignes dans l’espace "

Clément Petit, jeune médaillé d’or des Olympiades des Métiers (Calgari 2010), un coloriste né, a fait écho à Geert Pattyn pour qui les formes et les structures sont naturelles et modernes. Les démonstrations et les ateliers de Geert Pattyn assisté d’Yvan Poelman et de Clément Petit ont été des grands moments techniques de ce séminaire.

Daniel Ost

En 2011, outre la participation au séminaire annuel, certains professeurs d’Ars Florum ont collaboré avec Daniel Ost, maître incontesté de l’Art floral européen, à sa dernière exposition de San Niklass.

Laurence Pérez, Charlène Caumon

L’Ikebana, un art traditionnel

POURQUOI L'IKEBANA EN FRANCE ?

La pratique et l’enseignement ont été introduits par Kikou Yamata, écrivain franco-japonaise. Elle fait les premières démonstrations à Paris en 1930 au salon d’automne.

Mais, il faut attendre les années 60 pour que cet art se développe grâce à un groupe d’amies passionnées :

  • Madame Carpentier dont le père pépiniériste a introduit le KENZAN (pique-fleurs) en France
  • Madame Samsom-Baumann qui fut à bonne école auprès de son père, grand fleuriste et orchidophile
  • Madame Boulongne et Madame Trembouze

Le 17 septembre 1974, elles créent IKEBANA de France puis IKEBANA INTERNATIONAL PARIS DE FRANCE en 1994. Ces deux groupes se réunissent pour répondre à la demande du Japon et deviennent IKEBANA INTERNATIONAL PARIS – chapitre 219 le 26 mars 1997.

Cette association (loi 1901) parrainée par l’Ambassade du Japon à Paris organise régulièrement des expositions. Elle joue un rôle formateur très large avec le concours de professeurs hautement qualifiés. D’ailleurs, IKEBANA INTERNATIONAL PARIS entretien des relations étroites avec la Maison de la Culture du Japon où elle organise des démonstrations, en vue de promouvoir l’Ikebana et son enseignement, à travers des cours d’initiation trimestriels (janvier-avril-octobre-prochaines dates : 25-29 SEPTEMBRE 2012) et des expositions. Son siège est à la SNHF.

Définition de l’Ikebana

L’Ikebana est un art traditionnel japonais, consistant à réaliser des arrangements floraux selon des règles d’harmonie définies. Ces règles permettent de mettre en valeur les végétaux, en dégageant des lignes et des espaces. Il s’agit de donner « une nouvelle vie » aux fleurs et autres végétaux.

« Ikebana » du terme « ikeru » ou « vivre, respirer, être vivant » et de « hana » ou « fleur ».

Historique de l’Ikebana

C’est lors de la conquête de la Corée au Vsiècle que le Japon découvre la riche culture chinoise : écriture, philosophie, arts… Ces arts évoluent dans le temps pour correspondre au mieux à l’âme et à la sensibilité japonaise. Avec l’arrivée du Bouddhisme vers le VIsiècle, une manière de plus en plus harmonieuse est adoptée dans l’offrande des fleurs et leur mise en place. Le moine Senmu, qui consacre sa vie à orner l’autel de Bouddha en recherchant à travers les fleurs la voie vers la beauté et la perfection, est à l’origine des bases de l’Ikebana.

Au Xsiècle, cet art sacré pratiqué uniquement par les moines gagne la cour, séduite par son esthétique. Seuls les hommes cultivés et de haute lignée (prêtres, seigneurs, samouraï…) pouvaient prétendre à cet art.

Au XIIsiècle, il se codifie et est l’expression d’événements de la vie sociale japonaise : mariage, majorité d’un garçon, départ d’un guerrier…

L’Ikebana atteint sa maturité artistique à l’ère Muromachi (1338-1573). C’est à cette époque que sont conçus les jardins de pierre de Kyoto. C’est également à cette époque que se développent des compétitions d’arrangements floral Hana-awase et de poèmes. Elles avaient lieu en juillet dans les temples et opposaient samouraï et prêtres.

Au XVe siècle le grand Maître Senkei Ikenobo formule de manière précise les premières règles de l’Ikebana et crée l’école IKENOBO.

Au XVIesiècle, cet art gagne les demeures des riches marchands et se démocratise pour enfin pénétrer dans les maisons, dans une pièce réservée aux études, à la calligraphie, à la cérémonie du thé et au recueillement. Sur le mur nord de cette pièce, couverte au sol par des tatamis, se trouve une alcôve appelé « tokonoma », où un hommage particulier est rendu aux saisons sous la forme entre autre de « rouleau suspendu » ou peinture japonaise, associé à un Ikebana, tous deux très dépouillés. Puis, cet art floral gagne les faveurs de la caste militaire à l’époque Momoyama (1568-1600) et le tokonoma s’agrandit avec la taille des résidences. Dans la première moitié du XVIIe siècle, le grand maître Seno II, reconnu par l’Empereur, codifie l’arrangement floral dans un style appelé Rikka, style composé de trois lignes principales représentant la trinité bouddhiste. Il organise de nombreuses expositions d’Ikebana à la cour impériale et invente l’arrangement monumental. Une large diffusion à travers des manuels imprimés fait naître de nombreux disciples. Le style Rikka atteint son acmé à la fin du XVIIe siècle.

A l’ère EDO (1603-1867), la richesse des marchands permet la diffusion encore plus large de cet art. Au sein de l’école Ikenobo, Inoue Tomosa,jeune maître, codifie un nouveau type d’arrangement proche de la philosophie confucéenne, appelé Seika. L’univers étant un cercleles 5 principales branches dans ce cercle représentent les 5 éléments.

Après l’ouverture du Japon à l’Occident, en 1868, à l’ère Meiji, les femmes commencent à s’adonner à cet art jusque-là réservé aux hommes. Rapidement la maîtrise parfaite de l’Ikebana devient gage de « bonne éducation » au même titre que l’art de la cérémonie du thé, la poésie, la calligraphie, la peinture, la musique… Mais l’art floral reste pratiqué avec excellence par les hommes. Avec l’ouverture du Japon à la fin du XIXesiècle, les japonais connaissent un véritable engouement pour tout ce qui vient de l’étranger mais les décorations florales très chargées et très colorées ne correspondent pas au tempérament et à la perception japonaise. L’Ikebana est néanmoins influencé, notamment par l’introduction de fleurs occidentales, ce qui entraine l’émergence de nouveaux styles.

C’est à cette époque que le sculpteur Unshin Ohara (1861-1916) crée sa propre école : l’école OHARA, entre tradition et modernité, basée sur la représentation de la nature, des paysages, des peintures de lettrés.

Au début du XXe siècle, Sofu Teshigahara, dans le but de donner naissance à un art floral qui puisse se perpétuer dans le monde moderne et évoluer dans le temps, se renouveller sans cesse tout en demeurant profondément ancré dans la tradition japonaise crée sa propre école : l’école SOGETSU, basée sur la sculpture des végétaux et l’emploi de nouveaux matériaux dans les compositions.

Aujourd’hui le Japon compte un nombre infini d’écoles d’Ikebana dont chacune a son caractère propre, exprimant son style et ses règles précises.

Philosophie et pratique de l’Ikebana

Les occidentaux ont toujours insisté sur la quantité et la couleur des végétaux dans une perspective purement décorative de leurs bouquets. Les Japonais, au contraire, donnent un sens philosophique à leurs compositions. Les lignes, les masses et les couleurs vont créer l’atmosphère et la signification du bouquet. Dans l’Ikebana se trouvent toutes les techniques des arts plastiques : l’architecture pour l’élaboration de la structure du bouquet, la sculpture pour la recherche des formes et des volumes, la peinture pour l’harmonie et les effets de contrastes dûs aux couleurs et la texture des végétaux.
Comprendre les plantes au-delà de leur simple aspect, les analyser de manière intérieure, voilà une démarche enrichissante pour l’esprit.

Une approche globale

L’approche peut se faire de deux manières :

soit la nature est prise comme modèle et on la reproduit en miniature dans la limite d’un vase, le plus fidèlement possible.
soit les branches ne sont plus utilisées comme végétaux mais comme objets avec lesquels on va tracer des lignes dans l’espace. On choisira alors les branches pour leur aspect insolite, leur couleur, leur forme.

Une idée

Pour donner de la force au bouquet il est intéressant de privilégier un aspect :
naturel en cherchant à replacer les végétaux à l’état originel, tout particulièrement pour les paysages.
linéaire en dégageant la plus belle ligne d’une branche et en la mettant en valeur.
plastique en mettant l’accent sur une couleur ou sur des feuilles.
abstrait en transformant totalement l’aspect d’origine des matériaux et en les utilisant comme éléments de sculpture.

Le vase

Le vase ne doit pas être pris comme simple récipient, mais comme participant, par ses qualités, à l’œuvre d’art qu’est le bouquet. Il faut harmoniser le vase avec les éléments utilisés, tant par la matière et la forme, que par la couleur. En Ikebana, nous pouvons aussi parler de « contenant » pour tous les objets aussi bien traditionnels (HANAKAGO ou panier en bambou tressé) que non conventionnels (bouteilles en plastique…)

Les lignes

Le bouquet traditionnel comprend au moins trois lignes principales. Les trois éléments arrangés dans un vase et s’élevant au-dessus de l’eau symbolisent l’unité entre le ciel, l’homme et la terre. La branche la plus forte représente le ciel, elle est essentielle pour donner force et élégance à l’arrangement. Les deux autres éléments sont disposés de manière précise de façon à former un angle par rapport à une ligne imaginaire qui traverse le centre du bouquet. Le but de cette disposition, symbolisant l’univers, permet de créer un volume, un bouquet en trois dimensions.

Une asymétrie

La nature ne produit jamais de symétrie absolue. La symétrie est synonyme d’immobilité, d’absence de vie. Ce qui est asymétrique, au contraire, donne une impression d’inachevé, de mouvement et donc de vie. Une composition se construit donc de manière asymétrique.

Le vide

Le vide est l’une des caractéristiques majeures de l’Ikebana. De par sa structure dissymétrique, l’arrangement  présente une partie pleine et une partie vide. Le plein met en valeur le vide. La pureté des lignes et la profondeur ressortent. Ce vide fait aussi partie de la recherche du minimalisme. Tous les arts traditionnels japonais mettent en évidence cette notion fondamentale, celle du « vide » : ne pas remplir totalement un espace, dire ou faire l’essentiel avec un minimum de moyens, afin de laisser la part au rêve et à l’imagination. Le calme, le vide en soi, permettent de considérer chaque élément et de lui trouver la place « évidente » qu’il trouvera dans la composition.

Ikebana : exprimer l’essence de la nature et sa beauté, avec des lignes maîtresses et peu de végétaux.

L’Ikebana traditionnel a donc survécu à l’influence occidentale et s’est raffermi. La vitalité et la beauté qui jaillissent de l’Ikebana viennent de ce chemin parcouru à travers les siècles.