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L’évolution de l’art floral et les nouvelles tendances

Comment l’Art floral a-t-il évolué au fil du temps ? Regard très personnel d’Isabelle Rabin, décoratrice florale et enseignante d’art floral, témoin de ces changements…

Hier...

Nous sommes loin en effet de la « bouquetière » du XVe siècle qui « fait ou agence des bouquets de fleurs naturelles » et qui devient ainsi, progressivement, une figure marquante du peuple. Il est très loin également ce temps où la fleur se pavanait dans les « supports de calèche ». Loin encore celui des premiers « jardins ouvriers » introduits en France en 1893 par l’abbé Lemire qui évolueront jusqu’aux « jardins familiaux », ceux qui ont peut-être été une petite goutte d’eau permettant au plus grand nombre de s’approprier, dans le quotidien, cette relation à la fleur qui fait de nos jours notre plus grand bonheur en Art floral. On ne peut oublier les siècles de gloire des sublimes jardins Royaux de France et de Navarre, ainsi que l’Art liturgique au temps de Saint François de Salle, de Thérèse d’Avila au XVIIe siècle et de ses Visitandines du Saint Coeur de Jésus…
Le raccourci est un peu… bref ! Nous avons passé sous silence l’après-Révolution portée par le catholicisme populaire du XIXe siècle, avec les grandes figures naturalistes : Marcel Swabe et son critique Paul Bourget, les brillants botanistes relayés par Zola et Marcel Proust. Cette riche période, passant du naturalisme au symbolisme, nous a ouvert « grand » le regard sur la nature.

...et aujourd’hui

Nous allons « plonger » maintenant, dans ce qui fait notre quotidien depuis une trentaine d’années. Bien après les « bouquetières », nos grands mères dans les années 1930, dans « le 91 » par exemple, ont organisé la cueillette des fleurs, dans les jardins et entreprises familiales de rosiéristes, ainsi que leur mise en place dans des grands paniers d’osiers. J’ai retrouvé ces mêmes paniers d’osiers, intacts, à Rungis remplis de pivoines et de roses de jardins. Dans les années 80, Rungis regorgeait de fleurs provenant des terres horticoles de la région parisienne. L’Art floral de ces années-là était confiné dans les différentes écoles à Paris et en province. En effet, les échanges entre nos écoles (travail de recherche) et le monde d’un fleuriste dans sa rentabilité n’étaient pas encore à l’ordre du jour.

Evolution

Beaucoup de fleurs de jardin circulaient et emplissaient ainsi les étals et nos tables d’études. Profusion de fleurs… Progressivement, nous sommes passés des bouquets d’époque à des compositions plus contemporaines, épurées. Des mots tels que masse, ligne, courbe, géométrie ont fait partie de notre vocabulaire. Parallèlement le monde des décorateurs donnait une plus grande place à la fleur dans leurs évènements prestigieux. Le « budget fleurs » avait autant d’importance que celui du traiteur. Pour satisfaire au côté grandiose des manifestations florales, il a fallu rivaliser d’ingéniosité et de créativité. C’est là que nos horticulteurs de la région parisienne se sont vus sollicités de toutes parts pour nous procurer « le » végétal inconnu sur les étals de Rungis, l’écorce bizarre, « la » branche tordue à souhait, jusque-là laissées négligemment de côté, pour eux sans importance. Les fleuristes ont vu leur conception évoluer. Le mot décorateur à côté de celui de fleuriste fait désormais partie intégrante du monde de la fleur. Elles sont loin les Bouquetières ! Pendant ce temps, l’intégration dans nos compositions florales, de toutes sortes de matériaux aussi bien végétal, minéral, en fer, en plastique et autres matières étonnantes, nous sont proposés à profusion. Cette « intrusion » aux côtés de la fleur a permis un regard plus global sur nos compositions. C’est là que les mots masse et ligne prennent tout leur sens. Pour ma part, il m’est impossible de choisir les éléments nécessaires à une composition florale sans penser « couleur et masse ». La couleur surtout, le matériau ou la variété de la fleur m’importe peu. C’est le rapport entre les textures que je privilégie, tant celui des différents matériaux entre eux que celui de taches d’une même couleur à partir de matériaux distincts. Je me rappelle le temps où j’allais chercher mon inspiration le long des vitrines des grands couturiers. Le orange et le rose fuchsia n’avaient pas spécialement droit de cité dans nos écoles ! Mais c’était tellement séduisant… sur le tissu !

À l’excès…

Conquise par « le » carton en décembre 2010 à la SNHF, et dans l’enthousiasme de la nouvelle texture à expérimenter, le lys blanc prévu pour l’occasion resta dans les cartons ! Conclusion : la masse et la texture, oui, mais pas au point d’oublier ce qui doit rester un Art… floral. La fleur a changé aussi : depuis quelques années, la renoncule est devenue énorme et très en vogue, la rose d’Afrique du Sud est devenue bleu marine ou noire, deux fois plus grosse, et tient remarquablement mieux que toutes les autres. Pour la masse, c’est parfait, pour le budget aussi, puisqu’il en faut moins ! Cependant, on peut se poser la question de savoir pourquoi et comment ?
Bien entendu, il n’est pas en notre pouvoir d’influencer telle ou telle proposition du marché de la fleur. L’évolution de nos compositions florales : plus en masse, plus en rondeur, ponctuées de taches de couleur et nécessitant plus d’espace, ne pourrait-elle pas contribuer par notre demande de « toujours plus » à aller au-delà de la bonne mesure, au delà du juste milieu ? C’est une question que je laisse à votre réflexion.

Isabelle Rabin

L’auteure remercie Sylvie Fayet-Scribe, professeur à l’Université de Paris 1, spécialiste sur le sujet de l’intégration de la fleur à travers les siècles.

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