Archives par mot-clé : Art floral

Art floral au château de Vert-Mont

Un exemple de composition inspirée du style de l’époque : « Colonnes empire », de Martine Dezaux – © AAFM

Dans le cadre des Journées du Patrimoine 2014, Rueil-Malmaison (Yvelines), ville impériale, a célébré la seconde édition d’un « Jubilé » en l’honneur de Napoléon et Joséphine. Le comité organisateur des festivités a demandé à l’Atelier d’Art Floral de Malmaison de décorer le château de Vert-Mont.

Le château de Vert-Mont est une propriété privée fort méconnue du public et même des Rueillois. Il est situé dans un parc qui faisait partie du domaine de Malmaison du temps de la splendeur de Joséphine.

A la mort de l’impératrice, une partie du domaine est vendue en lots. La parcelle dite « Vert-mont » (qui domine le vallon), est achetée sous le Second Empire par un riche intellectuel qui y fera construire un pavillon dit « à l’italienne ».
La propriété sera revendue plusieurs fois pour être finalement acquise à la fin du XIXe siècle par Edward et Julia Tuck, riches américains qui vont l’agrandir et la rénover. Le château est tel que nous le voyons aujourd’hui. C’est le rayonnement de la belle époque. Il en reste une magnifique salle de bains.
Après le décès du couple Tuck, la demeure tombe dans l’oubli et l’abandon. Ce sont les années noires.

Retour à la splendeur

Heureusement, en 1992, avec l’Institut Français du Pétrole, la Fondation Tuck est créée, les restaurations du domaine, très mal en point, commencent et Vert-Mont va retrouver sa splendeur.

C’est donc dans ce cadre prestigieux et privilégié que l’Atelier d’Art Floral de Malmaison a réalisé et exposé des compositions florales classiques, respectant le style du château au rez-de-chaussée mais aussi modernes au premier étage, ainsi que des bijoux en végétaux, inspirés par ceux de Joséphine, et des bouquets Ikebana.
Joséphine, son grand amour pour les fleurs et Vert-Mont ont été à la base de notre réflexion florale et ce fut pour nous un cadre privilégié pour notre exposition.

Colette Seguin ,  Martine Dezaux

1 : Dès l’entrée du château, l’Atelier d’art floral exprime son talent – © C. Seguin – 2 : Une composition dans la salle de bains belle-époque – © C. Seguin – 3 : L’Atelier a réalisé des bijoux en végétaux comme ce diadème de Liselote Merlet – © C. Seguin

« Roses de jardin dans un vase Médicis » Bruno Lamberti distingué à Monaco

Non seulement l’insigne d’or de la catégorie « professionnels » mais surtout le prix Princesse Grâce ont récompensé Bruno Lamberti* et Claude Orchampt au Concours International de Bouquets de Monaco. Sollicité en décembre 2013 par la section Art floral pour représenter la SNHF, Bruno nous dévoile le cheminement de sa réflexion pour la composition du bouquet, basée sur le côté artistique mais aussi pratique, qui l’a conduit à cette récompense de prestige en juin dernier. Extraits …

Bruno Lamberti devant la composition qui lui a valu deux récompenses au dernier concours international de Monaco – © D.R.

« Roses de jardin dans un vase Médicis », était le sujet que devait travailler Bruno Lamberti, pour une composition de hauteur minimum de 1,50 m, vase compris, thème réservé à la catégorie « professionnels », lors du « 47ème Concours International de bouquets et son jardin 2014 », les 14 et 15 juin à Monaco. « Ma réflexion a porté sur l’esthétique de l’ensemble, le choix des coloris, le respect de ce végétal très sensible à une mauvaise hydratation, le souhait d’avoir des stades d’épanouissement différents, tenant compte des conditions particulières telles quel les conditions de transport et la date presque estivale.

Bien ordonner ses idées

Bruno Lamberti a d’abord été guidé par ce qu’il ne voulait pas :

  • un bouquet lourd et opulent. « Je visualisais plutôt l’effet d’une brassée de roses rapportée du jardin, accompagnée de quelques feuillages d’arbustes, spontanée et légère » ;
  • placer les roses dans la mousse de piquage, puisque celle-ci ne pouvait être saturée d’eau en permanence. « Je voulais offrir aux derniers visiteurs du lendemain une fraîcheur très acceptable » ;
  • ne pas utiliser un montage à plateaux car, souhaitant rester « aéré », dans la crainte de ressentir les différents niveaux, une fois la composition terminée.

Ces conditions déterminées, un seul impératif : les roses seraient dans l’eau et, pour technique, l’usage du tube plastique.

Une préparation réfléchie du support

Bruno s’est d’abord procuré des emballages de « seringues à scanner » se présentant sous forme de tubes rigides aux dimensions bien adaptées. Il en pourvoit deux tuteurs accolés, le tout habillé d’une feuille d’Apidistra, par moitié de limbe. Ensuite, il équipe le vase Médicis d’un gros fer rond sur une hauteur des trois quarts de celle estimée de la composition et bloquée à deux niveaux dans le contenant. Vient l’empalement de trois gros blocs de mousse de piquage retaillés pour former un cylindre, chacun grillagé pour éviter l’éclatement. « Cette colonne, ainsi constituée, me permettait de piquer tous les tubes, de même que des rameaux de Viburnum tinus qui à la fois l’habillaient et donnaient une profondeur à la composition par leur coloris vert soutenu. »

Trouver les végétaux

Une des difficultés a été de trouver les roses correspondant à la composition, de même que l’organisation de toute la logistique pour les acheminer sur le lieu du concours. Pour accentuer l’esprit jardin, Bruno a aussi utilisé quelques branches arquées de Lonicera nitida et de Rhodotypos scandens, un peu d’Aucuba et divers feuillages qui se contrastaient
.

Une construction progressive

Pour construire la composition, Bruno a placé d’abord quelques éléments, tout en sachant qu’ils pouvaient être déplacés sans contrainte avec cette technique de tubes. Dans chacun, il a disposé au maximum quatre tiges pour qu’elles profitent d’une bonne réserve d’eau additionnée de conservateur. Pour un meilleur équilibre visuel, les coloris les plus soutenus et les fleurs plus épanouies occupent le bas et vers le centre. « On joue ainsi sur la profondeur et le relief en laissant s’échapper quelques rameaux de Lonicera, Rhodotypos et rosier ‘Ghislaine de Féligonde’. » Ce dernier ayant perdu ses pétales lors du transport, Bruno a pu cependant l’utiliser pour son feuillage léger. « Il m’a fallu beaucoup de concentration pendant plus de trois heures pour parfaire ces rapports de tonalité, créer des petits vides qui apportent une respiration et sans oublier l’arrière du bouquet. Eh oui …, le jury met ses yeux partout ! », avoue Bruno Lamberti qui tient à souligner l’aide précieuse que lui a apportée Claude Orchampt qui partage avec lui cette médaille d’or et le prix Princesse Grâce de Monaco.

Jean-François Coffin

* Bruno Lamberti est le nouveau président de la section Art Floral de la SNHF depuis le 19 mai 2014. Il à succédé à Nicole Duquesne.

Your wildest dream

Marie-Marguerite Dessens a représenté la SNHF à Canada Bloom, exposition internationale qui s’est déroulée à Toronto du 17 au 18 juin 2014. Elle a obtenu la médaille d’or au concours d’art floral dont le thème était « Your wildest dream ». Focus sur ce bouquet lauréat …

Bouquet primé au concours d’art floral de Toronto

Le coté “sauvage” représenté par une vague sombre, inquiétante et un peu mystérieuse, formée par des entrelacs de feuilles d’aspidistra découpées en lanières, travaillés de façon désordonnée sur du grillage. Ce premier élément a formé une sorte de tapis que l’artiste a posé sur trois tiges métalliques en lui donnant une forme ondulante.

La partie “rêve” en opposition  composée de fleurs blanches (phalaenopsis et dendrobiums) dans des tubes de verre suspendus à différentes hauteurs par des fils de pêche afin d’alléger la masse sombre du travail d’aspidistra. Ont été ajoutés des amaryllis verts renversés pour l’étrangeté et pour la rigidité en contraste avec les ondulations du travail d’aspidistra, également pour donner de la hauteur à la composition plutôt horizontale.

Jean-François COFFIN pour Jardins de France 630. juillet-août 2014

L’Art Floral aux Floralies de Nantes

Du 7 au 17 mai 2014 ont eu lieu les 11e  Floralies internationales de Nantes dont le  thème était « Bouquet d’Arts », un voyage poétique à travers les Arts : Architecture, Sculpture, Peinture, Danse, Musique, Poésie, Cinéma…

Crayonnage, de Régine Hégron- Février – © SNHF

Sérénité précieuse

De l’ensemble se dégageait une sérénité précieuse à cette grande manifestation, où le végétal règne en maître, mettant à l’honneur une région horticole dont la tradition botanique accompagne l’histoire de France (magnolia, camélia, muguet nantais…).
La mise en  valeur d’un élément simple, naturel ou sculpté, auquel s’associe  une  fleur choisie pour sa forme, sa couleur ou sa texture, est le fil conducteur du bouquet.  Chaque créatrice a évoqué la sculpture selon son inspiration, espérant aiguiser l’œil du visiteur et ainsi l’interpeller. Des fleurs simples, colorées, parfumées, souvent de productions locales ou de jardins, dansent dans les compositions, invitent à la rêverie comme le montrent les illustrations de cet article.

Régine Hégron-Février

1 : Confidences, de Corinne Aumoitte
2 : Débranche Two, de Marie-Claude Bigeard
3 : Garance, de Soazic Le Franc – © SNHF
1 : Brise Bise, de Solange Salaün
2 : Éclat de fleurs, de Laurette Launay – © SNHF

Le jardin miniature

La réalisation du jardin miniature relève à la fois de la composition florale, de la maquette et de l’art du jardin. Il ne s’agit pas d’un paysage mais d’une composition réalisée avec des végétaux et des accessoires évoquant le style et l’ambiance du jardin que l’on choisit de représenter.

Les jardins miniatures

Jardin de style ou créatif

Le jardin miniature peut être de style italien, médiéval, andalou, méditerranéen, à la française… Il peut être aussi purement créatif : jardin de senteurs, futuriste, secret, de rêve…

Le jardin de style

Il est important de s’imprégner de son atmosphère par la consultation de documents et gravures. Cette démarche permet un juste choix des éléments végétaux et des accessoires. Par exemple des plessis ou fascines en branches pour un jardin médiéval, des poteries et des buis pour un jardin à l’italienne, des topiaires pour celui à la française ou encore des pierres et des plantes de rocaille pour un jardin méditerranéen.

Le jardin de création

La démarche est un peu différente, le choix des éléments demeurant tout aussi important. Ceux-ci doivent d’emblée suggérer le jardin imaginé. Par exemple des éléments modernes ou futuristes pour un jardin sur la lune ou encore des éléments parfumés pour celui de senteurs…

L'agencement du jardin : recherche de l’harmonie


Il est semblable à celui d’une maquette. Doivent être respectées : La perspective (l’utilisation d’un fond ou background peut être intéressante), la proportion (en rapport avec l’ensemble de la composition et en fonction de l’espace choisi), l’échelle (impliquant que toutes les composantes de l’ensemble soient à la même mesure). Le respect de ces principes est indispensable pour que le jardin soit miniature et surtout harmonieux.

L'exemple d'un jardin monastique médiéval

Le jardin monastique est voué au chiffre 4: Quatre allées en forme de croix symbolisant les 4 fleuves du Paradis dont la fontaine au centre est la source et quatre carrés entourés de plessis à l’origine en châtaignier. Des branches souples de bouleau ont été ici utilisées afin de respecter l’échelle des éléments du jardin.
-L’herbularius ou jardin des simples réservé aux plantes aromatiques et médicinales telles l’armoise, la mélisse, l’achillée, la rue, la tanaisie, la pulmonaire (…) Toutes en mini-plants pour rester à l’échelle.

-L’hortus ou potager où étaient cultivées les plantes à pot (exemple les choux réalisés avec des petites feuilles de galax ou de lierre) et les légumineuses grimpant sur des rames.
-Le verger lieu du cimetière symbole de félicité.
-Le jardin des senteurs ou de Marie dédié au culte marial, essentiellement constitué de plantes consacrées à la célébration des offices, ici de fleurons blancs ou de petites fleurs blanches.
 Le mur et sa barrière à claire-voie apportent fond et stabilité visuelle. Les plessis hauts sur les côtés permettaient les cultures en hauteur pour les cucurbitacées.

Le choix des éléments est important dans un jardin de création
L’exemple d’un jardin monastique médiéval

L'exemple d'un jardin « à la Française »



Pour travailler à la Le Nôtre, je me suis mise à son écoute, à son école en reprenant ce qui caractérise ses jardins : la maitrise de la perspective, les différences de niveau, la symétrie, le jaillissement de l’eau, les parterres de broderie.
 Mon jardin s’inspire de Vaux le Vicomte en appliquant les méthodes de Le Nôtre et les goûts du XVIIème. La perspective est travaillée, l’allée centrale n’est pas rectiligne au contraire, elle s’élargit pour couper l’effet de fuite sinon l’horizon se ferme trop. Les bassins ne sont pas ronds mais ovales pour renforcer l’effet de perspective.
 Pour admirer le jardin, un point de vue plus haut est nécessaire, le premier plan est à un autre niveau constitué d’une terrasse au gravier fin ornée de deux vases classiques.
 Les éléments sont disposés de façon symétrique, tapis de broderies, bordures de fleurs, banquettes de gazon et vases…
 Pas de jardin sans la magie de l’eau qui s’élance haut vers le ciel en défiant les lois de la gravité comme les jets d’eau qui ornent les bassins.
 Les parterres de broderies, dont les arabesques sont soulignées par des graviers de couleurs contrastées, allient maitrise des végétaux et de l’ornementation.
 Malgré tous mes efforts et mon application ce jardin reste perfectible, la forme ronde n’a pas facilité la tâche, une niche correspondrait mieux au format. Le printemps froid est pluvieux ne m’a pas permis d’utiliser les charmilles restées à l’état de bouton à la date du concours…

L’exemple d’un jardin « à la Française »

Un univers vivant

Créer des petits jardins est vite une passion, mettre un paysage dans une niche impose de résoudre un certain nombre de problèmes. A la base, bien connaître son sujet par une étude approfondie, se mettre à l’échelle, chercher des végétaux dont les fleurs et les feuilles sont petites, même chose pour les accessoires. Comment dans un espace dont la profondeur est courte (souvent 60cm dans une niche), donner l’illusion d’une profondeur ? En créant des plans dans cet espace comme pour une photographie et en travaillant sur la grosseur des végétaux et leurs couleurs en fonction de leur place.
 Chercher à créer une atmosphère pour ce petit univers vivant.

Jocelyne Vuillet ,  Claire Erny

Voyage en Belgique, « au-delà de l’imagination »

Pour le 25e anniversaire de ses activités de designer floral, Stef Adriaenssens a organisé l’exposition « Beyond Imagination », à Lier, sa ville natale. L’occasion rêvée pour la Section Art Floral de la SNHF d’aller à la rencontre de fleuristes belges et de proposer une journée de détente et de convivialité…

L’exubérance, une imagination sans limites, étaient bien au rendez-vous à Lier, le 24 novembre dernier ! Une quinzaine de membres de la Section Art Floral de la SNHF ont participé à ce voyage haut en couleur. Début novembre, l’an dernier, plus de quarante fleuristes passionnés originaires de  Russie, d’Angleterre, de France, des Pays-Bas et de Belgique se sont donné rendez-vous à Lier pour s’atteler à la réalisation du projet. L’ensemble des structures lourdes a été alors mis en place, tandis que les éléments plus fragiles ont été travaillés la semaine précédant l’ouverture de l’exposition.

L’exposition a eu lieu au  « Couvent des Sœurs Noires », dans le centre de Lier. La façade extérieure, ainsi que le jardin, situé à l’intérieur, étaient ornés de décors monumentaux, une forêt de sapins stylisés était implantée dans la cour du couvent. Toutes les nombreuses salles restituaient chacune une ambiance différente et rivalisaient d’élégance et de raffinement.

Les cerisiers en fleurs accueillaient les visiteurs

L’entrée était transformée en jardin de cerisiers en fleurs, tel un jardin japonais. La cuisine du couvent, avec son sapin décoré de gâteaux et ses couronnes de Noël, exhalait une bonne odeur de pain d’épice. Les salons mettaient en valeur d’étranges structures tressées en rameaux de  cornouiller, plus stylisées les unes que les autres.

Les corbeilles de fleurs, telles d’immenses corolles, et un sapin en forme de spirale géante suspendu au plafond étaient là aussi pour surprendre et étonner.

Le point d’orgue de l’exposition était la Chapelle où les arceaux en sapin ornés d’une pluie d’orchidées, de la neige sur le sol et une musique céleste ont composé un univers féérique. Après un repas convivial, l’après-midi fut consacré à la visite du Béguinage inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et de la boutique de Stef Adriaenssens.

Valérie Lehmann

Art floral en Inde : un partage du savoir

L’association I N D P Inde (interculturelle pour le développement et la paix) a deux grands axes : l’éducation et la culture dans les milieux défavorisés. L’information et la sensibilisation aux réalités socio-économiques, culturelles et spirituelles indiennes s’accomplissent dans le partage du savoir. Jacqueline Boch, adhérente à cette association nous parle de son expérience.

Séjour en Inde – © J. Boch

« Le directeur m’a demandé d’intervenir dans les écoles et collèges du gouvernement de la région de Pondichéry, dans le cadre d’un volet éducatif sur la conservation de la nature et l’assainissement de l’eau par les plantes dans des bassins de décantation. Ne parlant pas la langue de la région, et très mal l’anglais, sans subventions et peu de moyens (du raphia et un sécateur qui ne me quitte jamais…) je suis partie dans la campagne à la rencontre des écoliers et des professeurs ravis de voir arriver une Européenne, sur une mobylette, entourée de sacs de plastiques remplis de feuillages de couleur. Les fleurs sont chères, celles des arbres sont inaccessibles pour moi.

Des vaches qui mangent tout

Avec l’assistant du district, parlant un anglais que je ne comprenais pas toujours, nous avons communiqué tant bien que mal dans la bonne humeur. Et notre « tandem » a bien fonctionné, le langage des fleurs n’est-il pas universel…? Seuls les arrangements liés à la main étant possibles, grâce aux couleurs flamboyantes des éléments et à leurs formes intéressantes, le résultat fut assez satisfaisant. L’herborisation prenait pas mal de temps, les alentours des villages sont détruits par les nombreuses vaches et chèvres en liberté qui mangent tout, même les affiches sur les murs. Et puis nous devions tout laver, la fine poussière rouge soulevée par les camions lors de leur passage sur les routes non goudronnées recouvrait tout.

Le bonheur des enfants

La discipline est très stricte dans les écoles, les instituteurs ont des baguettes dont ils savent se servir…. L’arrivée de deux ou trois classes est impressionnante. Les garçons devant, les filles derrière, tous biens alignés s’asseyaient par terre, dans la cour, sous un arbre car la chaleur est Intense dans la journée. Nous donnions des explications simples sur les lieux de pousse, les arbres, les lianes pour les philodendrons de toute beauté, les plans d’eau pour les papyrus, les buissons à fleurs épineux, les fougères luxuriantes, les nénuphars et les lotus dont les fleurs fanent si vite. Nous leur conseillions de ne pas couper les arbres et d’empêcher les animaux de tout saccager. Le bonheur des enfants et des grands repartant avec leurs « mini bouquets « faisait plaisir à voir et me comblait de joie.

L’impression d’être utile

J’intervenais dans trois écoles chaque jour. Les rencontres duraient deux heures environ, beaucoup d’enfants voulaient s’exercer. Il m’est arrivé de revenir l’année suivante dans le même endroit avec le même bonheur. J’étais reconnue et leur manifestation amicale était un réel plaisir pour moi.

Qu’en est-il resté ? Je doute fort d’avoir provoqué des vocations de fleuristes ! L’utilisation des fleurs dans la culture indienne, dans les campagnes, est très éloignée de la nôtre. Les guirlandes et les fleurs pour les mariages, décès ou autres manifestations, sont très codifiées. En ville et dans les hôtels on peut trouver de beaux arrangements. Durant mes voyages à l’Ashram et à Auroville je suis allée donner des cours d’art floral occidental, j’ai même été l’élève d’un maître en ikebana durant le temps de mon séjour. Mais c’est avec les enfants, dans les écoles, que je suis heureuse et que j’ai l’impression d’être utile. »

Jacqueline Boch

Confection de bouquets avec les enfants – © J. Boch
Confection de bouquets avec les enfants – © J. Boch

L’Ikebana en fac de sciences

Depuis quelques années l’art floral est au programme des ateliers culturels de la Faculté des Sciences Paris Sud à Orsay. Nous avons soumis un questionnaire aux participants des ateliers pour vous donner un aperçu de ce qui se vit et se  transmet au sein de ces cours et souligner la place que cet art tient dans la vie des étudiants, des chercheurs et des docteurs en génétique et microbiologie, physique, chimie.

Le beau et le vrai s’y mêlent, l’art et la science s’y rejoignent. L’ikebana, art éphémère basé sur l’asymétrie, le vide, cette philosophie, cet art de vivre trouve ici une écoute nouvelle. En effet cet art inconnu pour la plupart des étudiants a exercé la  fascination de l’exotisme et de la découverte. Peut-être que l’art de faire revivre les fleurs, de recréer un jardin intérieur serait  très proche de la nature et parlerait ainsi aux esprits scientifiques.

Sciences ou Art : ” Tout est harmonie pour qui sait voir “

Que vous apporte la pratique de l'art floral dans votre vie ?

Sérénité, Détente, ouverture d’esprit.

Pourquoi avez-vous choisi cette option ?

J’ai toujours rêvé d’associer l’art et la science.

Que vous apporte la pratique de l’art floral dans votre cursus universitaire ?

Un état d’esprit plus serein qui m’aide à gérer le stress des études et parce qu’il y a un rapport avec la nature.

Quelles sont les qualités que vous pensez travailler en pratiquant cet art ?

  • La sérénité d’abord, et aussi l’équilibre. Pour moi, c’est aussi apprendre à aller à l’essentiel. De manière importante, cela m’apporte un moment pour moi-même, avec moi-même, ce que j’ai du mal à m’accorder.
  • Patience, créativité, développement du sens de l’harmonie, être dans l’instant.

Avez-vous l’impression de créer ? Est-ce que les règles ne vous brident pas trop ? Etes-vous satisfaits de vos réalisations ?

  •  Oui, j’ai réellement le sentiment de créer. Cela m’apporte un certain plaisir de composer avec un minimum de règles et de dépasser ces contraintes. Je suis le plus souvent satisfaite de mes réalisations. Elles correspondent souvent à ce que je veux exprimer. De voir sa propre évolution dans le temps est aussi une source de joie.
  • Oui la création a sa place, les règles ne brident pas trop, elles guident. L’imaginaire peut se développer. Il peut être parfois difficile de créer mais le résultat peut être impressionnant.

Pensez vous que la création et la beauté sont liés dans l’art de l’Ikebana ?

Oui mais aussi la simplicité et l’harmonie. C’est un privilège de pratiquer l’Ikebana, de pouvoir entrer insensiblement dans la sphère de la création tout en réalisant quelque chose qui vous parle, que vous trouvez beau. C’est un moment d’émotion, un pur bonheur. Et si on commence ainsi la journée, c’est tout simplement fantastique.

Comment vivez-vous votre atelier ?

  • Pendant l’atelier, je suis capable de faire abstraction, dans une certaine mesure, de ce qui m’entoure et j’éprouve un sentiment profond de liberté. C’est un moment tout à fait privilégié, empreint d’authenticité pendant lequel je ressens une certaine intimité, une sorte de complicité avec les plantes, les fleurs. Elles me sont livrées, mais il y a tout un chemin à parcourir pour les sentir véritablement proches. Cela devient somptueux quand les fleurs dialoguent entre elles, sous vos yeux. Par exemple, récemment, lors d’un atelier, j’ai eu envie de donner un nom à mon bouquet ” La rencontre “. Pourquoi pas ? Les peintres, les sculpteurs donnent un nom à leurs œuvres. La nôtre est éphémère, certes, mais n’en est pas moins une. Je crois qu’elle nous apporte le même type de bonheur, de plénitude, d’abord pendant, mais aussi après. Il peut s’y ajouter une certaine fierté. C’est moi qui ai réalisé cet arrangement ?
  • Au-delà des réalisations elles-mêmes, l’Ikebana modifie doucement notre vision du monde, en tout cas notre rapport à la nature.
  • C’est une joie d’apprendre un art qui m’était totalement inconnu et une reconnaissance du  travail par mes collègues et proches.

Essayez vous de vous inspirer des cours pour créer une décoration florale chez vous ?

Oui, je crée souvent des bouquets chez moi en gardant l’esprit de l’Ikebana. Je prends beaucoup de plaisir à imaginer un bouquet avec ce que je peux trouver chez le fleuriste, dans mon jardin, parfois des éléments de structure que j’ai gardés. C’est un grand moment de vie. C’est une création réelle, surtout si l’enjeu est important et si je peux disposer de suffisamment de temps.

Est-ce important pour vous ce contact avec des plantes et fleurs ? Pourquoi ?

  • Oui, le contact avec les plantes et les fleurs est important pour moi. Outre la beauté des éléments utilisés, il me révèle à moi-même, me permet de découvrir en moi des zones cachées, secrètes. Il se crée un véritable cheminement en soi, pendant qu’on réalise un bouquet et il est différent à chaque fois. Parfois, on cherche son chemin avec acharnement, on construit son bouquet, on le modifie, on apporte de nouvelles touches, ou même on détruit tout et on repart à zéro. Parfois, au contraire, le chemin s’impose à vous, on l’empreinte sans même y penser. Cela m’est arrivé de dire à la fin d’une séance d’atelier : ce bouquet, il s’est fait tout seul !
  • Oui, c’est important pour moi de toucher les fleurs, de les arranger, c’est une manière de se rapprocher de la nature qui devient trop distante dans nos vies.

Est-ce important pour vous ce contact avec des plantes et fleurs ? Pourquoi ?

Oui, sans aucun doute.

Merci à Simone, Marjorie, Emilie, Elisabeth, Marie-Coralie.

 

Propos recueillis par Claire Delort et Valérie Lehmann.

Petite exposition pour les journées du Printemps de la culture à Orsay – © C. Delort

L’évolution de l’art floral et les nouvelles tendances

Comment l’Art floral a-t-il évolué au fil du temps ? Regard très personnel d’Isabelle Rabin, décoratrice florale et enseignante d’art floral, témoin de ces changements…

Hier...

Nous sommes loin en effet de la « bouquetière » du XVe siècle qui « fait ou agence des bouquets de fleurs naturelles » et qui devient ainsi, progressivement, une figure marquante du peuple. Il est très loin également ce temps où la fleur se pavanait dans les « supports de calèche ». Loin encore celui des premiers « jardins ouvriers » introduits en France en 1893 par l’abbé Lemire qui évolueront jusqu’aux « jardins familiaux », ceux qui ont peut-être été une petite goutte d’eau permettant au plus grand nombre de s’approprier, dans le quotidien, cette relation à la fleur qui fait de nos jours notre plus grand bonheur en Art floral. On ne peut oublier les siècles de gloire des sublimes jardins Royaux de France et de Navarre, ainsi que l’Art liturgique au temps de Saint François de Salle, de Thérèse d’Avila au XVIIe siècle et de ses Visitandines du Saint Coeur de Jésus…
Le raccourci est un peu… bref ! Nous avons passé sous silence l’après-Révolution portée par le catholicisme populaire du XIXe siècle, avec les grandes figures naturalistes : Marcel Swabe et son critique Paul Bourget, les brillants botanistes relayés par Zola et Marcel Proust. Cette riche période, passant du naturalisme au symbolisme, nous a ouvert « grand » le regard sur la nature.

...et aujourd’hui

Nous allons « plonger » maintenant, dans ce qui fait notre quotidien depuis une trentaine d’années. Bien après les « bouquetières », nos grands mères dans les années 1930, dans « le 91 » par exemple, ont organisé la cueillette des fleurs, dans les jardins et entreprises familiales de rosiéristes, ainsi que leur mise en place dans des grands paniers d’osiers. J’ai retrouvé ces mêmes paniers d’osiers, intacts, à Rungis remplis de pivoines et de roses de jardins. Dans les années 80, Rungis regorgeait de fleurs provenant des terres horticoles de la région parisienne. L’Art floral de ces années-là était confiné dans les différentes écoles à Paris et en province. En effet, les échanges entre nos écoles (travail de recherche) et le monde d’un fleuriste dans sa rentabilité n’étaient pas encore à l’ordre du jour.

Evolution

Beaucoup de fleurs de jardin circulaient et emplissaient ainsi les étals et nos tables d’études. Profusion de fleurs… Progressivement, nous sommes passés des bouquets d’époque à des compositions plus contemporaines, épurées. Des mots tels que masse, ligne, courbe, géométrie ont fait partie de notre vocabulaire. Parallèlement le monde des décorateurs donnait une plus grande place à la fleur dans leurs évènements prestigieux. Le « budget fleurs » avait autant d’importance que celui du traiteur. Pour satisfaire au côté grandiose des manifestations florales, il a fallu rivaliser d’ingéniosité et de créativité. C’est là que nos horticulteurs de la région parisienne se sont vus sollicités de toutes parts pour nous procurer « le » végétal inconnu sur les étals de Rungis, l’écorce bizarre, « la » branche tordue à souhait, jusque-là laissées négligemment de côté, pour eux sans importance. Les fleuristes ont vu leur conception évoluer. Le mot décorateur à côté de celui de fleuriste fait désormais partie intégrante du monde de la fleur. Elles sont loin les Bouquetières ! Pendant ce temps, l’intégration dans nos compositions florales, de toutes sortes de matériaux aussi bien végétal, minéral, en fer, en plastique et autres matières étonnantes, nous sont proposés à profusion. Cette « intrusion » aux côtés de la fleur a permis un regard plus global sur nos compositions. C’est là que les mots masse et ligne prennent tout leur sens. Pour ma part, il m’est impossible de choisir les éléments nécessaires à une composition florale sans penser « couleur et masse ». La couleur surtout, le matériau ou la variété de la fleur m’importe peu. C’est le rapport entre les textures que je privilégie, tant celui des différents matériaux entre eux que celui de taches d’une même couleur à partir de matériaux distincts. Je me rappelle le temps où j’allais chercher mon inspiration le long des vitrines des grands couturiers. Le orange et le rose fuchsia n’avaient pas spécialement droit de cité dans nos écoles ! Mais c’était tellement séduisant… sur le tissu !

À l’excès…

Conquise par « le » carton en décembre 2010 à la SNHF, et dans l’enthousiasme de la nouvelle texture à expérimenter, le lys blanc prévu pour l’occasion resta dans les cartons ! Conclusion : la masse et la texture, oui, mais pas au point d’oublier ce qui doit rester un Art… floral. La fleur a changé aussi : depuis quelques années, la renoncule est devenue énorme et très en vogue, la rose d’Afrique du Sud est devenue bleu marine ou noire, deux fois plus grosse, et tient remarquablement mieux que toutes les autres. Pour la masse, c’est parfait, pour le budget aussi, puisqu’il en faut moins ! Cependant, on peut se poser la question de savoir pourquoi et comment ?
Bien entendu, il n’est pas en notre pouvoir d’influencer telle ou telle proposition du marché de la fleur. L’évolution de nos compositions florales : plus en masse, plus en rondeur, ponctuées de taches de couleur et nécessitant plus d’espace, ne pourrait-elle pas contribuer par notre demande de « toujours plus » à aller au-delà de la bonne mesure, au delà du juste milieu ? C’est une question que je laisse à votre réflexion.

Isabelle Rabin

L’auteure remercie Sylvie Fayet-Scribe, professeur à l’Université de Paris 1, spécialiste sur le sujet de l’intégration de la fleur à travers les siècles.

A Celtic Journey

Depuis juin 2011, l’Irlande a la responsabilité de la WAFA (World Association of Flower Arrangers) pour 3 ans, avec la charge d’organiser le 11e concours mondial de la WAFA en juin 2014 et de réunir auparavant les délégués des pays membres de la WAFA pour un séminaire de 9 jours.

Cette année, ce séminaire s’est tenu dans l’ouest de l’Irlande, de Cork au Comté de Clare (10-19 mai). Le Comité WAFA d’Irlande, autour de la présidente Kitty Gallagher et sous la houlette de Mary C. O’Keeffe, a montré sa parfaite efficassité et son total dévouement aux 92 déléguées de 22 pays des cinq continents. La France était représentée par Michèle Enel et Nicole Siméon.
Chaque pays devait faire un grand bouquet pour l’exposition d’ouverture du séminaire dans les salons de l’hôtel Fota Island   de Cork. Ce fut l’occasion de comparer les différents styles traduisant l’art floral mondial, les organisatrices irlandaises ayant pris soin d’imposer le même support et les mêmes dimensions à tous les pays.
Pour la France, Michèle Enel a choisi de traduire la vitalité et la couleur du midi, fier de son carnaval, en superposant un cône de feuilles d’aspidistra vert clair sur un cône de  fil à bonzaï et en faisant danser des fleurs de vanda aux extrémités de faisceaux de Steel Grass enroulés de fil à bonzaï.  L’originalité et la rigueur du travail ont été remarquées en contrastant parmi les autres présentations plus traditionnelles.

Cette exposition ne fut pas l’unique occasion de travailler car 3 ateliers ont été successivement organisés sur le thème des démonstrations :

« Exploring the landscape » par Theresa Collins (paysage), « Nature’s Regenerating Gift of Green » par Eileen Dwyer O’Brien (travail de feuilles) et « It’s all in the box » par Carol Bone (décorer une boule avec les végétaux imposés).

L'art floral Irlandais

Deux autre démonstrations ont complété la présentation de l’art floral en Irlande :
Une de Mary Johannes : « With a little Help from my Garden » et l’autre de Brid Kelleher : « Transformed by Time ». De plus Richard Haslam, célèbre décorateur Irlandais, a offert un prestigieux spectacle floral sur scène  « My Celtic Journey »  suivi le lendemain d’un atelier de bijoux !

Deux concours différents

Les Délégués ont eu l’honneur de juger deux différents concours organisés pour les membres des clubs floraux de l’AOIFA de Cork et de Limerick : intéressant exercice de pouvoir juger au milieu de dix juges de dix pays différents ! Ce séminaire parfaitement organisé et très chaleureux a bien rempli sa double mission : faire travailler ensemble tous les pays membres et permettre de tisser des liens amicaux entre les membres. Certaines participantes ont  depuis 1982 vécu tous les séminaires et ont toujours la même joie de retrouver leurs amies de tous les horizons. Botanique et Horticulture furent au programme avec la visite de  trois jardins très différents : du grand parc dit « à l’Anglaise » (Muckross Garden) au jardin fourmillant de plantes de tous les continents (Mark et Laura Collins Killarney) : le Kerry réchauffé par le Golf Stream a une végétation luxuriante et exotique. Ce voyage Celtique de Cork vers l’ouest  s’est terminé par Le Burren, Parc National. Ici le paysage est fouetté par les vents de l’atlantiques, les plantes se réfugient dans les cavités des roches calcaires et offrent une rare collection de plantes alpines ! Le compte-rendu du voyage ne serait pas complet s’il n’était noté la remarquable qualité de la cuisine et surtout la joyeuse ambiance que crée la musique irlandaise en donnant une terrible envie de danser !
Cette expérience irlandaise permet de croire que le 11e concours mondial de la WAFA « FLORAL ODYSSEY » du 18 au 22 juin 2014 à Dublin sera un événement floral et amical mémorable !