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[JCE2017] Fabuleuses légumineuses

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Création: SNHF

Du 26 janvier au 23 mars 2017, la Société Nationale d’Horticulture de France et ses partenaires vous donnent rendez-vous pour six journées de conférences et d’échanges sur les « Fabuleuses légumineuses ».

Désormais appelées fabacées, les légumineuses constituent une famille cosmopolite des zones froides à tropicales. Le terme «légumineuses » désigne essentiellement des plantes dont le fruit est une gousse, avec parfois la fonction chlorophyllienne transférée aux tiges. On note la présence de bactéries fixatrices d’azote dans les nodosités de leurs racines.

Les légumineuses, une famille de plantes à (re)découvrir !
Faciles à cultiver, amies des agriculteurs et des jardiniers, les légumineuses possèdent de très nombreuses propriétés et s’adaptent ainsi à des objectifs à la fois agronomiques, écologiques et environnementaux. Associées aux céréales, elles sont encore une source majeure de protéines végétales pour l’alimentation humaine et animale, ce qui leur confère une grande importance économique.  Elles sont également appréciées par les chefs cuisiniers. Qu’elles soient issues d’anciennes traditions culinaires et culturelles, ou au contraire très innovantes, nombreuses sont les recettes à base de légumineuses.

La famille des fabacées est présente non seulement dans tous les jardins potagers: haricot, pois, lentille…, mais aussi dans nombre de jardins d’agrément avec des espèces ornementales du plus grand intérêt, de l’arbre à la plante annuelle (acacia, arbre de Judée, févier d’Amérique, genêt, glycine, lupin, pois de senteur…). Leur diversité est infinie !

Nous vous donnons donc rendez-vous à travers toute la France :

  • le 26 janvier 2017 à Saint-Germain-en-Laye (78) > S’inscrire
  • le 09 février 2017 à Lille – Genech (59) > S’inscrire
  • Le 16 février 2017 à Lyon – Dardilly (69) > S’inscrire
  • Le 16 mars 2017 à Clermont-Ferrand (63) > S’inscrire
  • le 23 mars 2017 à Melle – Niort (79) > S’inscrire

Des jardins de liberté

En quelques décennies, nos jardins ont cédé aux passions libertaires des jardiniers plus poètes que géomètres. Adieu la ligne droite dont le cordeau était la dernière manifestation de la rectitude et de l’équerre (vieux outils renvoyés au grenier des vieilles lunes). Au revoir les rangs d’oignons… si chers au marquis du même nom. Il n’y a plus de jardins domestiques dont l’âge d’or fut à coup sûr le XIXe siècle et sa bourgeoisie triomphante. Le jardinier allemand, un certain Schoen, en charge des jardins de Monceau à Paris appartenant alors à Louis-Philippe, futur roi des Français, l’exprima lorsque celui-ci, sentant sa gloire prochaine, voulut faire porter à toute sa domesticité le même habit à ses armes. Schoen lui retourna la livrée en déclarant : « Un jardinier ne sera jamais un domestique ». À l’égal du charbonnier maître chez lui, le jardinier est maître dans son jardin et la seule règle qu’il respecte est celle de la nature.

Jardins anglais où, à chaque détour, une surprise attend le visiteur, jardins à la française aux lignes géométriques et aux cultures réduites où les brouettes honorées du postérieur du Roi Soleil avaient seules le droit de se promener… Le Nôtre et La Quintinie furent seuls autorisés à conserver sur la tête leur large chapeau en présence du roi à l’instar des ducs et princes de sang.

La brouette aujourd’hui est prise à bras le corps par les ouvriers qui en ont fait un outil précieux autant que humble. Et maintenant, que devient la ligne droite dans nos jardins ? Est-elle roulée en boule comme un vieux cordeau au fond d’un tiroir ? L’oeil du jardinier est-il le seul instrument de la rectitude ?

En disparaissant, ce signe de la rigueur a libéré la fantaisie qui, comme les enfants, sommeillait en nous. Aujourd’hui, il est de bon ton de jardiner en rond et dans les jardins où les pieds de tomates se dressent parmi les fleurs annuelles, les artichauts s’épanouissent à l’abri de la haie champêtre. Les légumes se marient aux autres cultures et il semble que cela fasse beaucoup de bien à tout le monde. Le jardinier retrouve cette vérité que les plantes ont toujours sue : ensemble, elles se protègent mutuellement des parasites et des maladies dans des proportions non négligeables, faisant mieux que le jardinier ayant encore recours à une chimie destructrice et « tueuse de vie ».

J’interromps ici mon bavardage car un petit pois me téléphone, Napoléon est perché dans le cerisier et la chicorée rentre de son exil bruxellois aussi pâle qu’une endive et le chou de Milan offre sa pomme et la fraîche romaine offre son pain. Tout le jardin est en émoi. L’alguadulce montre un pas de séguedille au petit tarbais, heureux retraité. Le nombril de bonne soeur a l’air fl agada et ne me parlez pas de la Vérone qui parle d’amour à la trévise tandis qu’un gros pétsaï s’amourache d’une mandarine.

Le jardinier est en désordre mais ce n’est qu’un effet de l’art du jardinier en liberté.

Michel Lis
Le jardinier, Moustache Verte
Chroniqueur, reporter, journaliste et auteur
Conférences et échanges Jardiner autrement – Saintes, 16 février 2012

Jardiner : pourquoi ? Pour qui ?

Qu’est ce que jardiner ? Pourquoi et pour qui jardine-t-on depuis des temps immémoriaux ? Le sens commun indique deux types de raisons, dans toutes les sociétés qui disposent de la notion de jardin. On crée et entretient un jardin pour se nourrir et pour des usages esthétiques et symboliques. Plus il est alimentaire, plus le jardin satisfait des besoins humains organiques essentiels. Plus il est ornemental ou rituel, plus il répond à des usages esthétiques et symboliques.
Dans les deux cas, le jardin adopte les formes d’une relation fonctionnelle et technique à la nature : aux sols, aux climats et aux plantes ; celles que le jardinier par son travail décide de lui donner, parfois en mélangeant les deux finalités. J’aimerais montrer que, quelles que soient les intentions du jardinier, le jardin n’est pas seulement un lieu d’utilités alimentaires, symboliques et ornementales, et par conséquent de contraintes écologiques et techniques, mais également un outil de conquête, et un lieu de libération et de résistance sociale. Et que c’est pour ces raisons qu’il a traversé les âges et les cultures, qu’il a pu se renouveler sans cesse, et qu’il change encore aujourd’hui.

Le jardin comme résistance culturelle au donné naturel

Dans les sociétés primitives qui vivent dans les forêts, le jardin est le lieu de l’échange symbolique avec les esprits. Chez les Achouars, tribu Jivaro de l’Amazonie décrite par l’anthropologue Philippe Descola (2005), il existe des enclos de jardins dont les plantes cultivées (manioc) sont nommées comme si elles appartenaient à la famille. De même, les animaux sauvages chassés tout autour sont désignés comme des parties prenantes de la vie tribale qui dépend d’eux.
Dès que les jardins apparaissent dans la Grèce et la Rome antiques, ou bien dans les royaumes chinois, ils sont subordonnés à la demeure aristocratique comme lieu habité du commerce avec les divinités et les hommes. Face à une nature beaucoup plus hostile qu’aujourd’hui, le jardin symbolise le pouvoir des hommes d’écarter les menaces de la nature, autant que leur capacité à en tirer parti à des fins individuelles ou collectives. Il en sera de même dans la plupart des jardins du monde occidental à partir de la fin du Moyen Âge européen. Soit en faisant appel aux sciences et aux techniques de chaque époque (géométrie, optique, hydraulique, architecture, botanique, etc.), soit à partir du XVIIIsiècle à l’art pictural du paysage dans les jardins dits paysagers, pittoresques ou « de l’homme sensible » (Baridon, 1998).
Dans ces situations, comme l’écrit Sartre (1943), « la réalité humaine rencontre partout des résistances et des obstacles qu’elle n’a pas créés ». En brisant cette adversité, les créateurs des techniques de jardins s’affranchissent du donné naturel (le relief, l’eau, le sol). Ils montrent comment ils peuvent tenir les fins qu’ils s’assignent pour eux et pour leurs commanditaires. Car si le jardin est outil de libération, il est aussi instrument de pouvoir politique.

Le jardin comme outil de conquête culturelle et de pouvoir

Quand la conquête coloniale française s’installe en Afrique du Nord, les urbanistes qui mettent en oeuvre la ville européenne à côté des opl commencent presque partout à mettre en place des jardins publics. Le jardin du Hamma à Alger à partir de 1850 ; le parc du Belvédère en 1890 à Tunis ; le jardin du Triangle de vue, puis le jardin d’essai à Rabat au Maroc dans les années 1910. Certes, les nouvelles idées hygiénistes d’urbanisme étaient en vogue pour lutter contre les graves épidémies qui décimaient les villes traditionnelles partout dans le monde. Elles exigeaient de créer des parcs, des rues et avenues vastes et aérées dans les villes. Mais surtout elles devaient faire face à une autre adversité : la résistance de la culture arabo-islamique à la conquête européenne. Pour cette raison autant urbanistique que politique, le jardin colonial s’est adapté aux situations. D’abord purement utilitaires (des jardins d’acclimatation des plantes cultivées dans les trois capitales), ils sont devenus d’agrément notamment à Tunis et Rabat à l’intention des colons français, espagnols et italiens. Et dans ces derniers cas, en introduisant après le style haussmannien des architectures néo-mauresques témoignant de l’intérêt stratégique du colonisateur pour la culture urbaine maghrébine. D’une manière comparable, les jardins publics européens ont migré vers les villes des colonies espagnoles (Buenos Aires, La Plata), portugaises (Rio de Janeiro), et anglaises (Amérique du Nord, Inde). Imposée aux dépens de celle des sociétés locales, la liberté du colonisateur a fait usage du jardin comme outil au service des États européens et de leurs modèles économiques et urbains. De manière symétrique, les minorités sociales font également usage des jardins comme instruments de (re)-conquête de leurs libertés.

Pierre Donadieu
Professeur émérite, ENSP de Versailles-Marseille
Conférences et échanges Jardiner autrement – Paris 9 février 2012