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[CNJP23] PALMARÈS DES LAURÉATS DU CONCOURS NATIONAL DES JARDINS POTAGERS

Chaque année, le Concours National des Jardins Potagers récompense des jardins potagers remarquables en termes de diversité des légumes cultivés, des bonnes pratiques de jardinage et de l’esthétique même du jardin. 

Ouvert à tous les jardiniers, ce rendez-vous annuel est organisé conjointement par l’Association Jardinot, la Société Nationale d’Horticulture de France, SEMAE (l’interprofession des semences et plants) et la Fédération Nationale des Jardins Familiaux et Collectifs. 

Le jury, composé de personnalités du jardin et représentants des organisations partenaires, ont désigné les lauréats en fonction de différents critères de sélection en examinant de façon très attentive les dossiers des jardiniers dans chacune des catégories suivantes : 

  •  jardin potager privatif,
  •  potager dans un ensemble collectif de jardins (centre de jardins, jardins familiaux…), 
  •  jardin potager privatif situé dans un environnement paysager (château, grand parc…), 
  •  jardins ou parcelles pédagogiques, réalisés sur initiative individuelle ou avec la participation d’associations de jardiniers ou de sociétés d’horticulture, 
  • potagers partagés, mis en place et cultivés au sein d’une entreprise ou par une association.,
  • potagers sur un balcon ou une terrasse (nouveau).

Les membres de notre jury vous emmènent à la rencontre des grands prix de l’édition 2023 et de leurs potagers remarquables ! 

© SNHF / CNJP2023

Nous remercions l’Académie du Climat qui nous a ouvert ses portes pour cette 23e cérémonie de remise des prix du Concours National des Jardins Potagers et à Monsieur Christophe NAJDOVSKI, Adjoint à la Maire de Paris chargé de la végétalisation de l’espace public, des espaces verts, de la biodiversité et de la condition animale qui nous a accueilli et présenté cette institution.

Christophe NAJDOVSKI - © SNHF / CNJP2023

Découvrez la remise des prix 2023 en vidéo

LES GRANDS PRIX 2023

CATÉGORIE 1 : JARDINS PRIVATIFS

GRAND PRIX :  Corinne et Philippe RIGAUX  – Saint-Michel d’Euzet  (Gard)

À leur installation, Philippe et Corinne Rigaux trouvent un verger d’abricotiers malades et des asperges, sur un terrain sablonneux et en pente. Après un stage chez « Terre et Humanisme » en 2010, Philippe, fils de paysan lorrain, découvre de nouvelles méthodes de culture. Et c’est la naissance de son potager en carrés (16 planches) posé sur deux restanques bâties de ses mains. Comment fait-il pour avoir cette verdure en plein mois d’août ? « Nourrir la terre pour nourrir les hommes » c’est la devise qu’il met en pratique, en y apportant un mélange d’argile (la Bentonite) et de zéolite (chabasite) afin d’améliorer la rétention en eau du sol et surtout en utilisant beaucoup de compost.

© SNHF / CNJP2023

Les 3 cubes de fermentation en parpaings fonctionnent sans interruption. Ils sont remplis de couches de tontes et déchets verts du jardin, de taille de haies et de crottin de cheval non pailleux ramassé chez un ami. Ce compost (700 kg /an) est réparti sur les 160 m² du potager. L’eau est distribuée avec parcimonie. Les réserves de 6000 litres sont remplies par les pluies et utilisées en goutte à goutte ou en tuyaux micro-suintants (TMS). Le forage qui existe déjà va être mis en service, du fait des restrictions d’eau de plus en plus importantes. Les ombrières vont être développées pour passer l’été. D’ailleurs une première était en place lors de notre visite. Avec ces moyens, la production est variée et importante : pour 2023, Philippe en est déjà à 330 kg de légumes. Les relevés sur 4 ans montrent des récoltes abondantes, même si certaines années sont moins favorables : le mildiou a frappé les tomates cette année. Tous les semis se font dans la serre, les premiers en février sur nappe chauffante. Avec 90 espèces différentes, la biodiversité avec ses insectes et ses oiseaux est bien présente. Philippe n’hésite pas à tester des espèces et des variétés, nouvelles ou anciennes, pour voir leur adaptation au climat du Sud. Il est fier de nous montrer ses beaux pieds de rhubarbe qu’il a réussi à acclimater après 10 ans d’efforts ! Corinne, elle, s’occupe des fleurs et des traitements aux huiles essentielles ou aux extraits fermentés de consoude, de prêles ou d’ortie. Elle est le référent du refuge LPO qu’est le jardin. Et Philippe applique son expérience à la formation des autres : guide composteur au réseau de Bagnols, il a réalisé cette année un carré de lasagne de 4 m². Avec ses couches successives recouvertes de compost (bien sûr !), il a récolté entre avril 2022 et avril 2023, 65 kg de légumes. Comme il le dit si bien « Rien de tel que de réussir l’essai chez soi pour montrer que ça marche et pour donner envie aux autres de faire pareil ».

CATÉGORIE 2 : PARCELLE DANS UN CENTRE DE JARDINS COLLECTIFS

GRAND PRIX : Vincent CAYRON – Jardins familiaux du Maharin à Anglet (Pyrénées-Atlantiques)

Trois îlots de jardin familiaux sont répartis dans le parc du Maharin, poumon vert de 7 hectares aménagé par la ville d’Anglet. Le Maharin est un cours d’eau qui servait jadis à desservir les maraîchers qui cultivaient cet endroit. Vincent CAYRON est attributaire d’une parcelle de 60 m² dans un de ces jardins familiaux entièrement aménagés par la ville. Ces 60 m² sont cultivés de façon optimale et organisée. Des rangs de légumes, disposés en arc de cercle à partir d’un point central, ce qui permet d’allonger la longueur du rang et de varier l’exposition au vent, sont à l’origine d’une grande diversité d’espèces et de variétés qui se succèdent et sont organisés pour rentabiliser cet espace réduit : tomates, choux, salades, haricots nains et à rames, poivrons, aubergines, pommes de terre … la liste est longue. Des passe-pieds, aussi en arc de cercle, permettent d’accéder aux différents rangs de culture sans tasser la terre.

© SNHF / CNJP2023

Adepte de la permaculture, Vincent pratique la rotation des cultures, les associations de fleurs légumes, des hauts tournesols apportent une touche colorée à cet ensemble, pour lutter contre les indésirables et favoriser la pollinisation, utilise les purins d’ortie et de consoude pour protéger ses cultures contre les insectes et maladies et renforcer la résistance des plantes. Les espèces et variétés de légumes sont repérées par des étiquettes. Le paillage, foin, feuilles, déchets verts, est abondamment utilisé pour protéger la vie du sol qui n’est jamais à nu, et aussi pour lutter contre les adventices et limiter l’évaporation. Des apports réguliers de compost ou de terreau enrichissent ce potager. Deux cuves de récupération d’eau de pluie de 1000 litres chacune amènent le complément d’eau en fonction des besoins. En plus du composteur en place dans le jardin, un lombricomposteur situé dans l’abri de jardin permet d’apporter en partie les nutriments nécessaires aux végétaux. Vincent tient également un cahier de jardin où il note tous les événements liés aux cultures, de la date des semis à celle des récoltes. Quant à ses motivations à jardiner, Vincent nous dit « le jardinage est une thérapie ! C’est un moment de communion avec la nature, un retour au vivant, une parenthèse dans notre vie active » et il apprécie aussi le partage qui règne dans les jardins familiaux « mon voisin de plus de 95 ans m’a beaucoup aidé à mes débuts » ou « dans notre parcelle se côtoient plusieurs manières de faire, on se conseille mutuellement ». Ce jardin a reçu le prix coup de cœur de la ville d’Anglet et a fait l’objet d’articles dans la presse.

CATÉGORIE 3 : POTAGERS DANS UN ENVIRONNEMENT PAYSAGER

GRAND PRIX : Béatrice RUAULT – Les jardins d’Ar Chadiou à Pleumeur-Gautier (Côtes-d’Armor)

Situé à quelques encablures des bourrasques de la Manche, ce potager de 1000m² est enchâssé dans un jardin d’une superficie totale de 6500m². Sa conception a commencé en 2018 avec des plantations ornementales et fruitières pour protéger et préparer le futur potager commencé en 2021. Béatrice a créé ce jardin suite à des problèmes de santé nécessitant une reconversion mais elle jardinait déjà auparavant depuis 10 ans : « Le jardinage m’a aidé à accepter la maladie et même de mieux vivre avec ». La découverte du jardin est progressive, très peu de lignes droites, 3 grands cercles de 25 m de diamètre et deux serres géodésiques de 56m² de fabrication maison qui permettent la culture des melons et de 15 variétés de tomates. Outre les tomates, le jury note environ 65 variétés de légumes dont châtaigne de terre, oca du Pérou, courge luffa, crosne du Japon…et une belle collection d’aromatiques qu’il serait trop long de citer. Ce potager productif respire la bonne santé. Les sols sont couverts au maximum et améliorés par des apports d’algues et de compost. La terre relativement argileuse est travaillée à la fourche bêche. Le désherbage est effectué manuellement avec la méthode PTB (prends ta binette). La gestion de l’eau est minutieuse, les réserves d’eau de pluie représentent environ 3600 litres. Béatrice tient un cahier de culture pour les rotations, les dates et conditions de semis et note les variétés qui ont les meilleurs résultats. Des voiles anti-insectes sont utilisés pour protéger les cultures concernées (carotte, chou poireau…) sinon elle utilise, et qu’avec parcimonie, deux produits de l’Abbaye de Valsaintes ; « Proarom » pour les maladies et « Libreessence » pour les insectes.

© SNHF / CNJP2023

Elle partage avec les clients de ses gîtes, amis, voisins, et communique sur les réseaux sociaux. Elle pense ouvrir au public en 2024 avec l’aide de l’association des potagers fruitiers de France à laquelle elle vient d’adhérer. Les formes, l’impressionnante variété des fleurs, des plantes ornementales, fruitières et des légumes ont émerveillé le jury. « Nous faisons régulièrement des échanges de légumes, plants, graines, le jardin devient peu à peu un lieu de rencontres ». Il faudra sans doute encore quelques années pour que le coté paysager prenne toute son ampleur grâce aux soins et a la passion de Béatrice, mais ce potager est déjà une belle réussite. Mais c’est aussi un élément essentiel de bien-être, Béatrice conclut en nous disant : « Jardiner est bénéfique pour la santé, et, en ce qui me concerne, est quasiment la seule activité que je peux réaliser aujourd’hui ».

CATÉGORIE 4 : POTAGERS PÉDAGOGIQUES

GRAND PRIX ex-aequo : Armel HOCHART – Lycée agricole de Coulogne  (Pas-de-Calais)

Quand on pénètre dans l’enceinte du lycée agricole de Coulogne on n’imagine pas toute la diversité d’espaces qu’englobe cette structure. Elle s’étend sur 5 hectares avec un jardin potager, 15 jardins d’agrément réalisés et entretenus dans le lycée, des serres, 2 vergers de 400 et 3000 m², un espace biodiversité, un jardin perpétuel, des espaces de production, des structures restauration et hébergement pour les apprenants. L’établissement forme tous les ans 345 élèves de la 4ème au BTS, 180 apprentis et 30 adultes en formation continue, avec 220 hébergements. Le jardin potager, délimité par un rang de légumes grimpants, des petits fruits rouges et des cordons fruitiers double bras, est entretenu par les élèves sous la direction des enseignants. Il favorise les variétés locales en liaison avec le Centre Régional des Ressources Génétiques de Villeneuve-d’Ascq : laitue Lilloise, carotte de Tilques, poireau Leblond, artichaud vert de Laon, chicorée tête d’anguille….

© SNHF / CNJP2023

Ces plantes bien adaptées au biotope local sont plus résistantes aux variations de climat. Les cultures associées et les associations fleurs légumes sont pratiquées pour limiter la propagation et l’attaque des ravageurs, avec en cas d’infestation l’utilisation de purins, décoctions ou infusions. Le centre dispose d’une réserve d’eau de pluie de 2 fois 10 000 litres. Le lycée étant proche du littoral, l’arrosage tient compte de la vitesse et de l’intensité du vent en plus des conditions climatiques et des températures extérieures. Pour lutter contre les adventices, un arrachage manuel avant montée en graines et mise au compost est pratiqué, divers types de paillage ou de végétaux couvre-sol mis en place en fonction des cultures, la technique du faux semis est également utilisée. Toutes les données de culture sont enregistrées : quantités semées et germées, date des semis, numéro de lot, mise en place de la culture, date de récolte, planning et rotation des cultures. Un premier verger de hautes tiges avec 17 variétés régionales recommandées par le CRRG de Villeneuve d’Ascq (Cabarette, Colapuis, Verdin d’hiver…) a été planté en 2006 et un second verger a été planté en 2022 avec le soutien de la région Hauts de France : 40 hautes tiges, 200 arbustes petits fruits rouges, 25 basses tiges. Deux grandes serres sont utilisées pour cultiver les tomates, poivrons, aubergines, concombres…

Des projets pédagogiques sont mis en œuvre dans l’établissement, soutenus par le Parc naturel régional des Caps et Marais d’Opale, la région Hauts de France et le fonds européen de développement régional. S’appuyant sur l’un deux « Améliorer la diversité de la gamme végétale au sein du lycée de Coulogne », Armel précise « l’équipe pédagogique intervient à tous les niveaux de la formation afin de poursuivre la sensibilisation des apprenants à la transition écologique, notamment à la préservation de la biodiversité et en valorisant les pratiques du jardinage au naturel ». Toute la structure est ouverte au public à diverses occasions tout au long de l’année. L’importante récolte de courges et de potimarrons est distribuée aux Restos du Cœur du Calaisis.

GRAND PRIX ex-aequo et ordre de Romarin : Odette CHATELAIN  Notre Jardin aux Mille saveurs de l’École primaire à Sauvigny-les-Bois (Yonne)

© SNHF / CNJP2023

Bien que la visite du jury ait eu lieu en période de vacances, la plupart des enfants sont là pour nous accueillir et surtout ce sont eux qui prennent la parole à tour de rôle pour nous présenter « NOTRE JARDIN AUX MILLES SAVEURS », c’est son nom, et ils en sont très fiers. Ce potager pédagogique de 520 m² et le verger de 650 m², se nichent au cœur de l’école communale de Sauvigny-le-Bois. Il est né de l’envie de faire découvrir le jardinage aux enfants par la Mairie. Ce sont l’équipe périscolaire et l’équipe des espaces verts de la ville qui mènent joyeusement ce projet. Le jardin est divisé en espaces thématiques : légumes soupes, légumes ratatouille, coins des senteurs (aromatiques)… L’œillet d’Inde trouve sa place entre les pieds de tomate. Nous notons une belle diversité de légumes, environ 35 variétés, dont : topinambour, oca du Pérou, poire de terre, lentille … pour citer les plus originaux.  Ce sont principalement la quinzaine d’enfants de 6 à 11 ans qui réalisent l’entretien des parcelles sous les conseils avisés de M. Sébastien Salvi, agent technique municipal, et d’une assistante maternelle, avant d’aller en classe et pendant les heures d’occupations périscolaires. « On met la graine dans la terre pour manger à la cantine » (élève de CP) et un autre « j’aime bien jardiner car j’ai de la motivation, on désherbe beaucoup pour prendre soin des plantes ». Oui, le désherbage se fait à la main…

Tous les mercredi matin, ils relèvent le pluviomètre et participent à une activité en relation avec le potager (dessin pour décorer le jardin, atelier cuisine, création de maquettes à visée pédagogique…). Bien qu’en zone rurale, beaucoup d’enfants ne font pas de jardin chez eux, c’est l’occasion de découvrir la culture des légumes. Le jury a été surpris par leur connaissance des plantes dont ils sont capables de citer les noms et leurs utilisations. Toutes les espèces ne sont pas consommées, certaines ayant pour vocation à comprendre le cycle de vie d’une plante.

Le potager a une vraie visée pédagogique qui va du jardinage, en passant par la botanique et les arts plastiques jusqu’à l’utilisation et la valorisation culinaire. 50% des légumes produits sont consommés par les enfants. L’an dernier, le jardin a permis de produire 14kg de courgettes. Mme Lise Balland, la cuisinière, regarde les prix des légumes à chaque récolte, afin de valoriser la production.  Elle limite au maximum le gaspillage en réalisant des coulis, gelées et conserves avec la participation des enfants qui sont ainsi bien sensibilisés aux mesures anti-gaspillage. Les semences sont soit commandées soit récupérées lors de la récolte précédente. Le jury a senti un très fort engagement de l’équipe périscolaire ainsi que des enfants. Ce potager a non seulement un objectif de transmission de connaissances techniques (potagers) mais aussi culinaires, culturelles et économiques. Le potager est très bien entretenu, il est propre et les plantes semblent en bonne santé générale. Le cahier de jardin est bien tenu.  Une réserve d’eau de pluie de 2000L permet de faire face aux besoins des légumes grâce à une gestion de l’eau rigoureuse. Fumier de vache des fermes du village et déchets de cuisine compostés enrichissent le sol. L’association ROMARIN Yonne apporte son soutien, la LPO est également engagée afin de sensibiliser les enfants aux oiseaux.

Un GRAND PRIX vraiment mérité autant pas les enfants que par les encadrants et sans oublier la mairie très engagée dans cette activité. Chapeau à Monsieur Didier IDES, Maire de la commune, à Madame Odette Chatelain adjointe au maire, qui a rempli le dossier et qui pilote les activités périscolaires, à Monsieur Sébastien Salvi agent en charge des espaces verts ainsi qu’à Lise Balland, cuisinière qui réalise de nombreux travaux manuels et pédagogiques avec les enfants.

Sur proposition du jury, Lise Balland du jardin pédagogique ‘Notre Jardin aux Mille saveurs’ est également promue Chevalier dans l’Ordre National de Romarin. L’une des missions de cet Ordre est d’encourager les actions qui aideront les enfants à connaître, comprendre et respecter leur cadre de vie, ce qui correspond parfaitement à l’engagement des bénévoles passionnés qui animent cette belle réalisation «  l’envie de transmettre une passion, d’être dans le savoir-faire, avec l’initiation au jardinage » « apprendre des techniques de jardinage aux enfants de la maison d’enfants : préparation du jardin, semis, repiquage,arrosage,désherbage ». Cette distinction donne une dimension supplémentaire à la reconnaissance et la valorisation de cette remarquable action.

© SNHF / CNJP2023
© SNHF / CNJP2023

CATÉGORIE 5 : POTAGERS PARTAGÉS MIS EN PLACE ET CULTIVÉS AU SEIN D’UNE ENTREPRISE OU PAR UNE ASSOCIATION

GRAND PRIX Brigitte DELHOMME – La Pitancerie, Jardin partagé de la Plaine à Cachan (Val-de-Marne)

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Ce jardin fait partie de l’association des Jardins Partagés de Cachan qui en possède 2, un 3ème est en cours de négociation. Cette association a fêté ses 10 ans en 2022. Il s’agit d’un petit jardin très encaissé de 400 m², situé en milieu urbain dans le quartier de la Plaine. Il forme un triangle entre une rue et un petit chemin piétonnier dans les hauteurs de Cachan. Le fond est bordé de jardins de particuliers avec des arbres. Une partie très en pente est laissée en friche car la terre polluée n’a pas été renouvelée à cet endroit. La partie cultivée représente une surface d’environ 250 m². Le potager dispose d’un grand abri, lieu de vie et de rangement des outils, des bacs à compost, deux petites serres en plastique qui servent en particulier pour la préparation des plants, ainsi que d’une cuve et d’un récupérateur d’eau de pluie. Plusieurs hôtels à insectes et nichoirs sont également présents pour favoriser la présence des auxiliaires.  Les jardiniers qui s’y retrouvent, moyennant une adhésion de 20 euros par an, sont au nombre de 13 au total, mais avec un noyau dur qui vient environ 1 fois par semaine. Brigitte Delhomme explique qu’il y a une grande diversité culturelle, ce qui explique la grande diversité de plantes cultivées, dont certaines originales comme des pois du Cap (ou haricot de Lima), des cristophines, des choux portugais ou des cyclanthères (ou concombre des Andes). La particularité du jardin est l’agencement de nombreuses cultures en hauteur qui se développent à la verticale sur des grilles, des tuteurs, des bambous… C’est un moyen de rentabiliser l’espace. Cette année, les jardiniers expérimentent la culture en tour pour les fraisiers et les salades.  Si la mairie ne donne pas de subvention, elle a concédé le terrain à l’association, fournit l’eau de la ville et s’occupe du réseau d’alimentation. Elle leur donne également du substrat et des conseils via les jardiniers des espaces verts de la ville. La terre d’origine a été changée en 2019 pour cause de pollution. Celle apportée est très argileuse et lourde, difficile à travailler. Il s’agit d’une terre de remblai qui ne facilite pas la tâche des jardiniers. Ceux-ci l’améliorent avec du compost et de la drêche issue d’une brasserie locale. Les jardiniers couvrent le sol en hiver avec des feuilles et le bêchent régulièrement. Les légumes sont cultivés avec des pratiques respectueuses de la nature (compost, paillage, aménagement pour favoriser la présence d’auxiliaires et pollinisateurs, pièges et astuces pour limiter les dégâts des limaces). Les récoltes sont partagées entre les jardiniers. Un groupe WhatsApp a été mis en place pour partager la présence des jardiniers et assurer un suivi régulier des cultures. Ce qui est remarquable, c’est l’esprit de partage, les bonnes relations et la bonne entente qui existent entre les jardiniers. Le jury a apprécié la belle diversité de légumes cultivés, l’aménagement judicieux et réussi de l’espace, le bricolage collectif réalisé à partir de matériel récupéré aux encombrants, et la grande motivation des jardiniers qui prennent un grand plaisir à venir au jardin et à se retrouver.  Un grand bravo à toute l’équipe qui cultive avec passion ce potager.

CATÉGORIE 6 : POTAGERS SUR UN BALCON OU UNE TERRASSE

GRAND PRIX Christian CARON à Étaples (Pas-de-Calais)

Christian Caron, qui était très actif, chasse, pêche en mer, entretien des espaces verts de la propriété…, a été contraint d’abandonner ces activités par suite d’un problème de santé. Il a cherché à créer une activité se pratiquant en extérieur et s’est tourné vers le jardinage en terrasse. La terrasse de Christian Caron est aménagée pour lui permettre de continuer à jardiner malgré ses problèmes de lombaires qui lui rendent la station debout pénible, l’équilibre précaire et les déplacements limités. Et c’est lui qui a pensé et mis tout son esprit créatif pour installer cet espace. Il a édifié des murets avec 3 hauteurs d’éléments de piliers à enduire, qui servent normalement à monter des poteaux de portail, et ajouté des grands pots carrés qui s’emboitent dans le 3ème niveau.

© SNHF / CNJP2023

C’est la hauteur idéale pour lui permettre de jardiner assis en utilisant un siège à roulettes. Après une année où le mildiou a sévi, la terrasse a été couverte, ce qui limite les attaques de prédateurs et de maladies. Nommé malicieusement « Mon vieil ami » cet espace impressionne par son aspect net, rangé, l’ordre qui y règne. « J’y joins l’utile à l’agréable. D’abord moralement car, entre les semis en godets, la plantation en pots et jardinières, l’entretien et l’arrosage, jusqu’à la cueillette des produits, je suis occupé pendant plusieurs mois » nous dit Christian. Ce sont 42 grands pots carrés de 30 litres, alignés en deux rangées, dédiés essentiellement à la culture des tomates, complétés par 9 jardinières rectangulaires consacrées aux aromatiques. C’est ainsi que dans les contenants, pots et jardinières, 32 contiennent 25 variétés de tomates, 19 des aromates et 1 des fleurs. Il faut noter que la propriété est abondamment fleurie. Chaque contenant est numéroté, l’espèce ou la variété répertoriée et la liste est affichée. Les semis sont faits en godet, à l’intérieur, en mars, pour les repiquer en pleine terre dans les pots, en mai, après « les saints de glace ». Christian choisit dans « sa bible des variétés de tomates » celles qu’il va cultiver chaque saison et tient des fichiers informatisés dans lesquels il note scrupuleusement le résultat de ses cultures : variétés cultivées chaque année, dates, qualité, quantité récoltée, poids… Une grande cuve de récupération d’eau de pluie (15 000 litres) a été installée dans la cave et comme Christian rencontre des difficultés pour se déplacer, il surveille le niveau de son bureau, avec une caméra reliée à son ordinateur.  Et il conclut : « Quoi de meilleur qu’une bonne tomate de son jardin, sans oublier le plaisir d’en faire profiter ses proches ».

PALMARÈS 2023

CATÉGORIE 1 : JARDINS PRIVATIFS

Prix spécial Compétence : Bruno MARTIN à Saint-Max (Meurthe-et-Moselle) 

Bruno Martin est un passionné de jardinage et un habitué du concours potager. Il s’y présente pour la 4e fois. Il possède un petit jardin vivrier de 100 m² situé en zone urbaine dans la banlieue de Nancy.   Ingénieur agricole, correspondant pour la « fredon », Bruno Martin cultive son jardin depuis 15 ans. Depuis sa précédente participation, il dispose d’une nouvelle serre vitrée de 8 m², de nouveaux châssis et d’un emplacement à compost. Son jardin est irrigué, il possède un récupérateur d’eau de 3000 litres et utilise une lance d’arrosage, ainsi qu’un arrosoir.

Bruno Martin enregistre la pluviométrie sur un carnet et note les quantités de légumes produites, il tient une comptabilité analytique détaillée. Son jardin permet de nourrir sa famille de 4 personnes, avec une autonomie d’un tiers pour les légumes. La diversité de légumes est limitée du fait de la taille du jardin. Côté pratiques culturales, il n’utilise pas de produits chimiques et privilégie les décoctions. Il étale de la cendre de bois pour lutter contre les limaces. Ses cultures sont paillées avec des résidus de tonte gazon et il pratique bien entendu l’association des fleurs et des légumes. Il bêche de manière classique en hiver et les mauvaises herbes sont enlevées manuellement. Le goût du jardinage lui vient de ses parents et de ses grands-parents. L’activité de jardinage est pour lui un moment de détente et d’observations. Il partage sa pratique avec d’autres jardiniers et avec des associations. Ce jardinier passionné a une dévotion particulière pour les tomates et chaque année à Noël, la famille mange des lasagnes avec du coulis de tomates de sa production. A cette occasion, il pense avec émotion aux petites graines de tomates qu’il a mises en terre.

Prix spécial des saveurs : Caroline SASTRE à Bon-Encontre (Lot-et-Garonne)

Caroline cultive son potager depuis une vingtaine d’année, mais de manière plus assidue depuis 4 ans. D’une surface de 100 m², il présente une extraordinaire diversité de plantes potagères, dont de nombreuses à vocations aromatiques et médicinales. C’est un joyeux mélange où chaque emplacement accueille un végétal. « Ce laboratoire », comme le qualifie Caroline, se prête à d’innombrables dégustations, le spectre des saveurs est large : du sucré au salé, en passant par le doux et le piquant, toute la gamme est balayée. Sa production enrichit les plats préparés pour la famille. Ses talents culinaires et sa pédagogie sont également partagés dans le cadre de ses activités associatives. Comme elle nous l’explique, son jardin est évolutif et perméable : des courges coureuses se propagent, avec leur accord, sur les toits des garages voisins et les secteurs cultivés s’étendent progressivement sur le carré de pelouse réservé aux loisirs des enfants.  Le résultat est d’autant plus remarquable que ce jardin est cultivé dans des conditions ingrates : la parcelle est bordée de cyprès, de bambous, de prunus et autres arbres divers. Les premières années, il fallait la pioche pour faire le moindre trou ! Il a fallu faire des apports massifs de matières organiques variées en surface pendant plusieurs années pour constituer un sol meuble au fil du temps. Plus qu’un jardin, cette biodiversité exprime une philosophie, une recherche d’évolution personnelle. Erudite, passionnée de botanique qu’elle partage avec sa fille, en particulier autour de la phytothérapie. Respectueuse de l’environnement, Caroline sait aussi, pour faire partager sa passion et ses connaissances, se mettre à la portée de tous, notamment à l’occasion des animations qu’elle réalise et au travers de ses interventions sur une radio.

© SNHF / CNJP2023

Nominée avec encouragements : Nicole CERVAL à Cheffes (Maine-et-Loire)

Nicole Cerval cultive son potager dans un milieu naturel de manière à préserver un environnement favorable à l’écosystème. Un espace boisé et fleuri guide vers le potager de 200 m², créé il y a quatre ans. Constitué de 2 parties, il est clos pour protéger de l’incursion des chevreuils. Nicole, adepte de la permaculture, pratique le compagnonnage, la rotation des cultures. Elle ne bêche pas pour respecter la vie du sol qui est toujours couvert de foin récupéré sur place. Elle tient à jour un cahier de culture, très complet, où elle inscrit toutes les données sur la culture du potager : liste des plantes, compagnonnage, rotation, dates, conditions climatiques…. L’association de légumes, fleurs, fruits et aromatiques assure la beauté de ce potager, mais également permet d’assurer une consommation au quotidien. « Mon jardin est un lieu dans lequel je recherche à combiner les cultures potagères, les fleurs, le respect de la nature et la beauté du site » nous dit-elle. Le jury constate une belle diversité de plantes dont la bourrache qu’elle nomme “la plante du bonheur”. Elle précise :« Le jardinage me permet de me ressourcer, de me détendre dans un environnement calme et naturel. C’est une source d’apprentissage, d’observation, d’expérience ». Un puits à faible débit et une réserve d’eau de 1 000 litres permettent l’arrosage du jardin, mais une astuce : des parasols pour ombrager les semis en période estivale permettent de gérer avec parcimonie la réserve d’eau. Le désherbage manuel et le paillage permettent de lutter contre les adventices. Des produits de biocontrôle sont utilisés en prévention et en lutte contre les prédateurs. Nicole assure la transmission de ses connaissances à ses petits-enfants, Lucas et Emy, neuf ans, avec qui elle a réalisé le dossier.

© SNHF / CNJP2023

3ᵉ Prix : Michel LOQUAIS à Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique)

D’une surface de 300 m², le potager de Michel Loquais est là pour la production : tout l’espace est utilisé, il n’y a pas d’espace nu, tout est paillé, les rotations de culture se font de mémoire Les sols sont travaillés à la « Campagnole », une Grelinette améliorée qui permet une bonne aération du terrain tout en enfouissant les végétaux en fin de culture et qui facilitent la plantation. L’eau de pluie récupérée suffit pour l’arrosage. Les traitements contre les éventuelles maladies se font à base de purins (ortie, prêle ; fougères…) et rarement avec de la bouillie bordelaise. Michel teste l’électroculture, sa curiosité perpétuelle pour de nouvelles techniques est importante. Cultivant des légumes depuis 49 ans, il n’hésite pas à partager ses connaissances techniques dans diverses associations. Il nous précise qu’il a connu le jardinage dès le plus jeune âge. Son père cultivait une grande parcelle de légumes pour nourrir la nombreuse famille, et augmenter un peu les ressources, le jardin nourricier a toujours été une image forte pour lui. Comme il nous le déclare : « Au fil des années, en découvrant toujours davantage d’outils pour un potager au naturel, c’est à la fois l’envie, le besoin, et la nécessité de chercher, d’expérimenter encore qui chez moi se sont développés. Aujourd’hui je puis témoigner que la chimie n’a rien à faire dans un potager ».

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2ᵉ Prix : Thomas ZUJEW à Volmerange-les-Boulay (Moselle)

Le potager de Thomas ZUJEW est situé à Volmerange-lès-Boulay, en Moselle, dans une ville très calme, à côté d’un cimetière et d’une école maternelle. Thomas est arrivé dans cette maison depuis octobre 2022. D’une surface totale de 183 m², le jardin est organisé en plusieurs carrés facilement accessibles à partir d’allées, il comporte une belle diversité de légumes : salades, carottes, choux, tomates avec 11 variétés, haricots, courges, concombres, concombres mexicain, poivrons, piments, maïs, melon, oca du Pérou, amour en cage, poire melon…).  Thomas a le souci de préserver la biodiversité avec l’installation de nichoir à mésanges, de maison à insectes, en plus des murs en pierre et la présence de fleurs qui se mêlent aux légumes pour attirer les pollinisateurs et les auxiliaires.  Les plantations sont protégées par du purin d’orties, de rhubarbe et il fait de la prévention en traitant une à deux fois par mois les tomates et les courgettes avec du lait et de l’eau.

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Thomas adore ce qu’il fait, il n’utilise aucun produit et essaie de s’améliorer sur l’association des fleurs avec les légumes.  Il a fait la connaissance d’une personne qui fabrique des objets à partir de vieux objets recyclés (Le jardin de Lulu, Ferfolie à Puttelange). En forme d’animaux, ceux-ci viennent décorer agréablement les carrés de culture. Et le jardin prend une nouvelle dimension la nuit grâce un éclairage solaire.  Le jury a apprécié ce jardin récent et atypique, un véritable havre de paix, riche en diversité d’espèces originales, avec une superbe gestion de l’espace dans le respect de la nature.  Commencé en octobre 2022, Thomas précise qu’il a baigné dans le jardinage depuis la naissance avec une mamie qui était plus sur les légumes et une autre sur les fleurs. Comme il le dit, « la nature coule dans mes veines, car comme Obélix je suis tombé dedans quand j’étais petit ». Et dans l’avenir, il souhaite le faire visiter aux enfants de l’école maternelle située juste à côté.

1ᵉ Prix : Jean-Pierre DELAGE à Bracieux (Loir-et-Cher)

Un bassin marque l’entrée du potager de 300 m², bordé de palmettes fruitières parfaitement formées avec des essences diversifiées et une vigne. Le sol en place étant très ingrat, le potager est réalisé dans des bacs de culture bordées de planches et remplis d’un mélange terre végétale/terreau travaillé à la fourche bêche. Les différentes espèces de légumes s’y développent sans difficultés. Le jury note environ 70 espèces différentes, dont de la morelle de Balbis, de la poire de terre et de la scorsonère.

Les allées principales sont réalisées en gravillons posés sur un géotextile pour éviter la pousse des adventices. La technique est à son apogée dans la serre vitrée équipée d’un écran thermique faisant fonction d’ombrage en été. Un chauffage électrique ventilé assure la mise hors-gel en hiver. L’irrigation est assurée par récupération directe de l’eau de la toiture et par un dispositif complémentaire d’irrigation localisée. La production de tomates (14 variétés), déjà importante dans la serre est complétée à l’extérieur sous un abri qui est la meilleure protection contre le mildiou et prolonge la récolte en arrière-saison.

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Deux composteurs récupèrent tous les déchets végétaux. Un poulailler complète le dispositif. La protection sanitaire des plantes fait appel à des produits naturels ou de biocontrôle (huile de colza, savon noir, infusions d’orties, BT…) Le cahier de jardin recueille chaque année les plans de culture, l’ensemble des travaux réalisés et les productions récoltées. A la retraire Jean-Pierre Delage s’est formé progressivement et assidument, en suivant les cours de la Société d’Horticulture du Loir-et-Cher qui possède un verger école conservatoire. Il s’informe beaucoup sur les sites, dont Jardiner-Autrement et dans les revues. Il est à l’affut d’astuces qui simplifient et fiabilisent les tâches au jardin, en témoigne cet ingénieuse réglette à semer les graines en poquets. Il expérimente beaucoup avant d’adopter un nouveau produit ou une nouvelle technique avec une approche très pragmatique « ça marche, je garde ; ça ne marche pas j’élimine ». Ce qui le motive ? : « Le plaisir d’être au grand air et d’embellir mon environnement en profitant de produits sains et gouteux ».

CATÉGORIE 2 : PARCELLE DANS UN CENTRE DE JARDINS COLLECTIFS

Nominée avec encouragements : Alexandra BONICI – Les jardins d’Agathe à Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône)

Avec le dynamisme de la jeunesse, les jardins familiaux et partagés d’Agathe se présentent au concours avec la parcelle d’Alexandra BONICI après seulement 8 mois d’existence. Ces jardins, situés au bord de l’étang de Berre, sont le fruit d’une détermination de Didier Kelfa, maire de Saint-Chamas, qui cherchait un terrain cultivable proche de sa ville de 9 000 habitants pour créer des jardins nourriciers. Une convention tripartite de 5 ans a été signée entre la propriétaire d’un terrain en friche dont la volonté était de le mettre en culture, la municipalité de Saint-Chamas et la toute nouvelle association, portée par le dynamisme de son président Alain Bonnerue. L’impression est très bonne en arrivant dans ce tout nouveau jardin. Un espace planté de fruitiers nous accueille. Puis les 28 parcelles, bien vertes malgré le climat du mois d’août : 24 parcelles de 20 m², 3 parcelles un peu plus grandes et un espace de 60 m2 pour le jardin partagé qui permet aux débutants et à ceux qui n’ont pas assez de temps libre de s’initier et jardiner.

Une parcelle a été réservée à l’association Ricochet pour les personnes et les enfants en difficulté. L’enthousiasme des jardiniers est évident : beaucoup ont créé des pancartes à leur nom accrochées à l’entrée de leur parcelle. L’ambiance entre les jardiniers de trois générations différentes est très bonne. La candidate au Concours, Alexandra, dessinatrice de son état et responsable au sein des jardins, dispose d’une parcelle de 30 m2.  La chance de ce jardin, c’est la disponibilité en eau grâce à la venue d’eau par gravité et son stockage dans cinq cuves de 1 000 litres. Les cultures sont arrosées au goute à goutte. Avec deux composteurs et le fumier de cheval obtenu en abondance, le sol très léger est bien nourri. Les cultures sont belles, avec une diversité encore limitée pour l’instant, mais qui devrait s’améliorer nettement dans l’avenir.

Passionnée par cette activité, Alexandra nous précise que « c’est un besoin vital ; j’aime jardiner, mettre les mains dans la terre, regarder les semis grandir, les plantes s’épanouir. J’aime tous ces moments de bonheur que nous offre la nature ».

Ce jeune jardin, avec plein d’idées pour son avenir, mérite bien les encouragements du jury.

2ᵉ Prix : Dominique ROBILLARD – Domaine national de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine)

Le jardin de Dominique se trouve dans les jardins familiaux situés dans le Domaine national de Saint Cloud à la porte de Paris. C’est un endroit particulièrement verdoyant, arboré et calme qui contraste avec l’agitation et la circulation parisienne. A l’intérieur de ce domaine, l’Association des jardins ouvriers de l’automobile et du cycle (AJOAC), qui est affiliée à la Fédération Nationale de Jardins Familiaux et Collectifs, dispose de plus de 200 parcelles de 100 à 200 m², cultivées par près de 300 jardiniers.

Dans ce havre de verdure, Dominique cultive une parcelle de 200 m² depuis 2003. Elle a commencé avec 100 m² avant de pouvoir disposer quelques années plus tard de 100 m² supplémentaires, aménagés différemment après avoir suivi le stage « Jardiner autrement ». Ce jardin présente une belle diversité de légumes (tomates, poireaux, oignons, fenouils, choux, carottes, livèche, cucurbitacées, rhubarbe, …), de petits fruits (fraisiers, framboisiers, groseillers, cassissiers, coqueret du Pérou…) et de plantes aromatiques dont la collection sert de support pour des animations auprès des scolaires. Elle n’hésite pas découvrir et cultiver certains légumes originaux comme l’arachide cette année.

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Les légumes sont cultivés de façon biologique, en utilisant des purins (de prèle, fougère, ortie) ou des voiles pour protéger des maladies et des insectes, en favorisant la présence des auxiliaires et des pollinisateurs, en pratiquant la rotation des cultures et les associations bénéfiques entre les plantes… Le sol est travaillé à la grelinette et enrichi avec du compost fabriqué sur place pour nourrir la terre.

Dominique est une passionnée de cultures de légumes et de botanique. Elle s’est occupée du jardin de sa maman à la campagne avant d’avoir la chance de pouvoir disposer de ce jardin qui est vite devenu sa seconde maison. D’ailleurs, elle précise : « j’ai déménagé pour être à proximité de mon jardin, j’utilise les légumes pour mon alimentation comme le faisait ma mère dans mon enfance, j’en offre beaucoup. Je transmets ma passion aux enfants que je reçois, à mes amis et à mes connaissances. Et j’aide des jeunes jardiniers ou des jardiniers novices par mes conseils ». Elle souligne également les bienfaits du jardinage sur la santé et indique « Quand je jardine, j’oublie tous mes soucis tout en faisant de l’exercice ».

1ᵉ Prix : Gilles DESLANDES à Caen (Calvados)

Gilles cultive sa parcelle de 200m² depuis 20 ans dans les jardins familiaux de Caen.

« Rien n’est joué d’avance, il faut avoir de la vigilance et des fois un peu de chance pour réussir au potager », nous déclare-t-il d’entrée. Il travaille son sol à la « grelinette », utilise la binette et pratique la rotation des cultures. Il apporte du fumier de cheval qu’il fait murir plusieurs mois et utilise le compost de déchets verts de son jardin et ceux livrés par la Ville. Il fait ses plants lui-même. Il utilise l’eau de ville uniquement si ses réserves d’eau de pluie (1500 litres) sont à sec. Il n’arrose que si nécessaire, et a disposé des OYAS fabrication maison 1 pour 4 pieds de tomates. L’occupation du terrain et la masse végétale présente lui permettent donc de limiter sa consommation d’eau. Des nichoirs pour les oiseaux, un hôtel à insectes bien fréquenté et un tas de bois accueillent les prédateurs de ravageurs. Il utilise les larves de coccinelles données par la mairie et ramasse limaces et chenilles des buis à la main. Un abri à tomates les protège de la pluie.  Les variétés sont plutôt classiques, mais correspondent au besoin et au gout du jardinier.

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Gilles se déclare auto-suffisant en légumes et il distribue largement ses surplus de récoltes car il vit seul en appartement. Un coin repos reste dans l’esprit « sauvage » de l’ensemble.  Des fruitiers et petits fruits complètent l’approvisionnement. Il apporte des notes de fantaisies dans son jardin comme les cardères (utilisés dans le temps pour carder la laine), du lin et du sarrasin. Il taille les haies de noisetier pour ses haricots à rame, et stocke ses légumes racines dans un coffre en bois dans la terre. Le jury apprécie la présence de fleurs dans ce potager à vocation principalement vivrière. Nous avons apprécié ce potager dans un ensemble collectif très « dans l’air du temps ». Occupation maximale de l’espace, recyclage total de tout ce qui n’est pas consommé, abondance de matière organique, maitrise de l’arrosage, association entre plantes fournissant l’ombrage, aspect de luxuriance du jardin. Gilles est très souvent dans son jardin « pour s’aérer et être en contact avec la nature« .

CATÉGORIE 3 : POTAGERS DANS UN ENVIRONNEMENT PAYSAGER

1er Prix : Annik et Frédéric DENIZET – Les jardins Sigalloux à Le Luc-en-Provence (Var)

Depuis 1794 et après cinq générations, la belle bastide du 18ème siècle et quelques hectares de terre sont revenus à Frédéric DENIZET. Mais que faire de cette terre épuisée par la culture de fruitiers conventionnels et avec ce climat particulièrement chaud en été, avec du gel au printemps et un fort mistral ? Le premier travail a été d’implanter des haies de troènes protectrices du vent et du soleil. En 2013, le premier jardin en carré est créé. C’est le début d’une autonomie alimentaire voulue et construite. Annik a rejoint Frédéric et c’est à deux qu’ils vont agrandir les espaces de culture en y ajoutant un verger, un deuxième jardin en 2016, un jardin des cinq sens et une parcelle en agroforesterie sous des mûriers platanes taillés.

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Ils tiennent à être des recycleurs indépendants des fournisseurs. « Le jardin doit vivre de lui-même » dit Frédéric. Quelques achats néanmoins : un broyeur à marteaux, du treillis soudé pour créer des structures porteuses, du tuyau micro suintant pour l’arrosage. Pour le reste, ils recyclent les déchets du jardin, les tailles de haie et d’arbres pour couvrir et améliorer le sol qui est paillé. Les semences sont autoproduites pour les fleurs et aromatiques, ainsi que pour les légumes, sauf pour les courges pour éviter les croisements dangereux avec des cucurbitacées décoratives. Les plants de légumes et d’arbres fruitiers sont produits dans une serre, équipée de chariots construits par Frédéric et d’un plateau chauffant, Annik teste beaucoup : des légumes perpétuels (chervis, oignons rocamboles), insolites (épinards de Malabar, poire de terre…) ou exotiques (gombos, kiwanos, chayottes). La production est autoconsommée en frais, en conserves ou en lactofermentation pour les carottes, betteraves, poivrons et fenouils. La biodiversité en insectes, en oiseaux et en lézards est de plus en plus importante. Annik le constate : « Plus j’essaye de nouvelles espèces et plus j’utilise d’engrais verts, plus je vois la vie se développer dans mon jardin ». Frédéric explique « Nous n’essayons pas de détruire les prédateurs, mais plutôt de les contenir par le choix des espèces et des rotations ». Avec leur volonté affichée de transmettre leur savoir, ils ont créé leur association d’éducation à l’environnement et communiquent beaucoup. Ils désireraient également créer un réseau de jardiniers du Sud qui testerait des espèces et variétés.

CATÉGORIE 4 : JARDIN PÉDAGOGIQUE

1er Prix : Vincine FRANCIS – Jardin de l’Épicerie locale et Solidaire de Nanterre (Hauts-de-Seine)

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Le potager de l’Epicerie locale et solidaire de Nanterre fait partie d’un ensemble géré par un collectif d’associations qui vient en aide aux personnes qui ont subi un accident de la vie et qui ont un projet. Situé en plein milieu urbain, autour de l’épicerie, c’est un coin de verdure, agréable et calme. Il est cultivé de main de maître par Vincine, prénommée également Margot, paysagiste de formation, qui est aidée par 4 autres bénévoles qui y passent plusieurs heures par jour.

D’une surface de 420 m², il est aménagé avec goût et les cultures sont belles et en bonne santé, grâce aux méthodes biologiques pratiquées, au désherbage impeccable réalisé par les bénévoles, et aux soins apportés à la terre constamment améliorée par les produits issus des composteurs et l’apport de fumier ou de feuilles sèches. Agencés harmonieusement, les massifs de cultures (pommes de terre, tomates, carottes, courgettes, cucurbitacées locales et guadeloupéennes, concombres, piments, christophine…) sont délimités par des planches en bois récupérés sur des palettes qui sont largement utilisées pour faire des supports aux plantes. Dans ce domaine, le mur végétal est remarquable. Installé le long d’une clôture, il mesure 10 mètres de longueur sur 1.80 mètre de hauteur, sur lequel poussent une très grande diversité de plantes aromatiques, des tomates cerises ainsi que de nombreuses fleurs. Celles-ci sont également présentes dans les espaces de culture pour embellir le jardin et favoriser la présence des auxiliaires. Le jardin fournit l’épicerie en légumes, petits fruits et plantes aromatiques.

Même s’il ne représente que 4 % en valeur de l’approvisionnement total de l’épicerie, il a une grande importance. En effet, comme nous le dit Margot, « il favorise le lien social, les rencontres et il montre la beauté de la nature ».  Elle ajoute : « Les plantes sont belles et les personnes qui viennent à l’épicerie les observent et les voient pousser de la graine jusqu’à la plante adulte. Ensuite, elles apprennent à les cuisiner ».  Son but est aussi de retrouver le goût des légumes de son enfance, en faire profiter tout le monde, et initier les enfants à la nature, leur faire reconnaitre les légumes et les fruits. Eduquer à la santé par une alimentation saine fait aussi partie des objectifs à atteindre. Aménagé avec un vrai sens de l’esthétique, le résultat est remarquable pour un jardin si récent, il a été commencé en 2021. Bravo à Margot et à tous les bénévoles de l’épicerie solidaire de Nanterre pour leur œuvre admirable.

CATÉGORIE 5 : POTAGERS PARTAGÉS MIS EN PLACE ET CULTIVÉS AU SEIN D'UNE ENTREPRISE OU PAR UNE ASSOCIATION

Prix spécial ilôt de verdure : Françoise BESSET – Jardin partagé Leroy Sème (Paris)  

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Le jardin Leroy Sème, niché au cœur du 20e arrondissement, compte aujourd’hui 16 années d’existence sur un terrain appartenant à la mairie de Paris. La première impression qui se dégage de ce petit jardin dans sa globalité est un calme étonnant, contrastant avec la vie parisienne. La grille de l’entrée, située à quelques mètres de la Rue des Pyrénées très bruyante, reste ouverte pendant les temps de présence des jardiniers. Cela permet aux visiteurs de se balader tranquillement dans les allées étroites sans qu’il n’y ait de dégradations.

L’association compte actuellement une cinquantaine d’adhérents. La gestion se fait de manière collective et consensuelle avec plusieurs réunions tout au long de l’année. Le jardin est composé de 9 parcelles qui se fondent les unes dans les autres de manière harmonieuse dont une consacrée au potager, une pour les enfants et une sur le toit du cabanon qui est végétalisé. Un référent est nommé pour chacune des parcelles. Il tient à jour le cahier de la parcelle où sont notées toutes les décisions prises et les cultures mises en place. Le potager d’environ 70 m² est entretenu et cultivé par 18 adhérents, dont 4 ou 5 qui s’en occupent très régulièrement. Le potager en tant que tel n’a pas une vocation vivrière, mais permet de nombreux partages. On y retrouve donc tomates, poivrons, courges, courgettes, haricots, blettes. Le buisson de tomates cerises est très apprécié des enfants et des promeneurs. Il y a aussi des essais d’espèces à découvrir comme l’arroche. Il est cultivé en tenant compte des principes de la permaculture. Le sol est aéré à la grelinette et amendé régulièrement avec du compost. L’association des fleurs avec les légumes permet d’éloigner les ravageurs et attirer les pollinisateurs. Les légumes récoltés sont distribués au plus grand nombre et parfois les jardinières cuisinières préparent un plat qu’elles apportent au jardin pour le partager ! Ce qui est remarquable, c’est la façon dont les adhérents parviennent à concilier différentes visions du jardinage et à faire sereinement leurs choix d’espèces et de variétés en tenant compte des envies de chacun et de la nécessité des rotations. Comme nous l’explique Françoise, « ce jardin se construit au fil des observations, des années, des expériences et des clins d’œil aux anciens jardiniers, une façon de construire l’histoire ».

2e prix : Agnès FROMENT – Jardin partagé Majolan à Meyzieu (Rhône)

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Ce potager partagé créé en 2021 d’une superficie de 160 m² sur une surface totale de 300m² est bien organisé. Il se situe à Meyzieu dans le quartier des terrasses, un ensemble d’immeubles avec de grandes terrasses garnies de quelques pots, qui ont donné envie a plusieurs personnes d’aller plus loin dans le jardinage. Motivée pour   créer ce jardin partagé, la mairie a accepté de fournir cette parcelle. Sous le pilotage d’Agnès Froment, les 12 membres se coordonnent grâce à un groupe « WhatsApp » pour les présences au jardin, les travaux à effectuer, noter les semis, repiquages, récoltes (poids, quantité) etc. Le jardin n’ayant ni tunnel ou serre, les semis se font au domicile des adhérents, une liste des semis à effectuer par chacun(e) est dressée. Le travail du sol se fait à la grelinette et s’améliore avec du compost du jardin et les feuilles broyées des espaces verts de la ville, qui sont étalée pour l’hiver afin d’éviter le lessivage. Le désherbage se fait manuellement, les cultures sont assez denses pour réduire la prolifération des adventices.  Les choux et autres légumes sensibles sont protégés par des filets à insectes. Grande vigilance apportée sur l’arrosage. Chacun apporte ses connaissances techniques et ses expériences, le jury note une belle diversité de variétés : environ 90, dont 30 en tomates et de nombreuses aromatiques et petits fruits. Le jardin est situé dans un quartier ce qui permet de nombreux échanges avec les passants. Les jardiniers échangent aussi avec les personnes de l’EPM de Meyzieu (établissement pénitentiaire pour mineurs) car un atelier jardinage est organisé régulièrement pour ces mineurs en détention. Dans le cadre de la mise en valeur du jardinage et du lien social l’association organise aussi des visites/animations avec des classes. Une belle motivation des jardiniers rencontrés résumée par ces quelques mots d’Agnès : « Nous sommes tous d’accord pour dire que le jardinage nous détend psychologiquement et nous fait faire de l’exercice physique. Ce jardin est un lieu de rencontres intergénérationnelles et multiculturelles. C’est un excellent moyen de sociabilisation tant pour les adhérents que pour les gens qui passent discuter avec nous ».

1e prix : Roger SCHREIBER – Jardin partagé du Parc aux Frênes – Association ESCHAU NATURE à Eschau (Bas-Rhin)

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Eschau Nature a débuté par une association de défense de la nature et d’initiation à l’environnement, puis en 2018 a créé ce potager partagé d’une superficie de 360m² plus 1 andain de 100m²consacré aux courges. Le terrain est communal, 15 familles jardinent sur cette surface et 4 personnes s’occupent de l’animation. Un verger et un rucher sont situés à proximité. A l’entrée se situent un composteur et la cabane pour les outils. Un tunnel de 25m² a été installé pour les tomates, les semis et la culture des salades. Pour accueillir les auxiliaires, hôtel à insectes, mangeoires et nichoirs pour oiseaux, ont été construits par les jeunes de l’association. Et comme le précise Roger « Nous plantons principalement des capucines, des œillets d’inde, des soucis, des cosmos : le parfum qu’elles émettent joue un rôle de répulsif à l’encontre de certains insectes ». L’eau est puisée dans le canal tout proche avec l’autorisation de VNF (Voies Navigables de France), puis stockée dans une citerne, ensuite c’est l’arrosoir qui fait le reste. Les jardiniers tiennent scrupuleusement un cahier de jardin, et communiquent entre eux à travers un groupe WhatsApp créé pour décider des différentes actions à mener. Les bonnes pratiques sont largement mises en application : association de fleurs et de légumes, blé noir, phacélie, tournesol…

Pour le désherbage : « Paillage de surface et huile de coude ! Nous les enlevons manuellement ». Amendement des sols avec du compost, cendre de bois contre les limaces. La diversité est assez importante, environ 40 variétés de légumes. Les courges sont vendues au profit du téléthon. Pour les jardiniers le but est de se nourrir avec des produits sains, d’avoir des grands moments de convivialité, de partager les expériences de culture, mais aussi de recettes de cuisine. Les animateurs se renseignent beaucoup sur internet. Le responsable du jardin, qui l’a créé, accompagne les jardiniers et  initie les travaux est Roger Schreiber (Président d’Eschau-Nature) qui conclura cette présentation : « Notre jardin partagé nous ressemble : généreux, simple, naturel et plein de couleurs et d’odeurs ! »

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