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Les moyens naturels de lutte antiparasitaire

En 1960, La SNHF était déjà à la pointe de la diffusion des connaissances sur la protection des plantes !
Un bon moyen de lutte contre les idées reçues qui, par méconnaissance des sujets abordés, sont trop souvent évoquées. 

Notre revue Jardins de France a publié le texte d’une causerie donnée à la SNHF le Vendredi 29 avril 1960.

Les conférenciers ; Pierre GRISON, universitaire et Daniel MARTOURET, ingénieur horticole, tous deux chercheurs à la station de zoologie INRA de Versailles ont fait  un panorama de l’évolution de la recherche et des applications pratiques, en France et dans le monde sur la protection des plantes, depuis la seconde moitié du 19ème siècle.

De manière simpliste et erronée, on  a tendance à présenter en opposition  le XXème siècle comme étant l’ère du « tout chimique » et le début de notre siècle paré des vertus écologiques centrées sur l’Homme et le respect de son environnement.

Vous découvrirez, à la lecture de cet article que les premières recherches en matière de lutte biologique remontent aux années 1880 et que c’est PASTEUR qui a eu le premier l’idée d’utiliser des micro-organismes pathogènes contre les insectes.

Dès les années 1950, tous les dangers pour l’Homme et les équilibres biologiques de l’emploi massif des antiparasitaires chimiques sont reconnus et le risque de résistances des insectes aux produits chimiques est énoncé.

Dés 1960 toutes les grandes règles d’usage de ce que l’on appelle de nos jours la protection biologique intégrée sont posées :

  •  Le respect des bonnes pratiques, jadis appelées « règles culturales »
  • Les effets du climat
  • Le synchronisme des cycles proies/ prédateurs
  • Les hôtes intermédiaires
  • La flore spontanée refuge
  • Le risque des hyper parasites

La conclusion de cette conférence est d’une étonnante fraîcheur !

 « La conception classique et fort généralisée autrefois (avant 1960!) d’une opposition entre l’emploi de facteurs biologiques et celui de la lutte chimique est maintenant abandonné pour faire place à des formules plus nuancées »

«  Elles peuvent (les méthodes) apporter des solutions, parfois efficaces, mais toujours harmonieuses et satisfaisantes à la fois pour la connaissance biologique des savants et pour l’intérêt économique des collectivités agricoles ».

Eh oui ; ce que l’on ne connaissait pas encore sous le concept de développement durable, à l’époque, avait déjà un pilier économique !

Michel Javoy

Les fruits moulés de la SNHF

La SNHF possède une très belle collection de fruits moulés dont l’aspect si proche de la nature trouble plus d’un visiteur. Voici l’histoire de cette étonnante collection.

Historique de la collection

1859 : Henri-François Michelin, secrétaire du Comité d’arboriculture de la SNHF, trouve dans une armoire quelques fruits moulés qui avaient été donnés par M. Chevet père. Il met de l’ordre dans la collection et l’augmente peu à peu, grâce, notamment à M. Liron d’Airoles, pomologiste nantais, qui lui fait don de quelques pièces et à M. Lédion.

1861 : la SNHF passe une commande à Théodore Buchetet, peintre et membre de la SNHF, pour la réalisation de nouveaux fruits. La guerre de 1870 et la maladie l’empêcheront de terminer. Après sa mort en 1883, il ne se trouva personne pour reprendre son œuvre.

1869 : la SNHF est en mesure d’exposer dans ses vitrines les spécimens de presque toutes les variétés admises par le Congrès pomologique de France.

1878 et 1889 : présentés à l’Exposition Universelle de Paris, les fruits moulés de la SNHF obtiennent par deux fois la médaille d’or.

1889 : publication du catalogue de la collection par M. Michelin qui souhaitait que la collection devienne un « document d’utilité publique ». Au total, il recensa : 11 abricots, 14 cerises, 5 figues, 42 pêches, 13 brugnons et nectarines, 125 pommes, 34 prunes et 453 poires, soit 697 fruits en plâtre.

2005 : il en reste 300, plus ou moins en bon état.

Technique et usage

Technique : du plâtre fin préparé est mis dans un récipient où l’on trempe le vrai fruit. Lorsqu’il est sec, on remplit le moule avec du plâtre et on laisse sécher. Le moule est ensuite ouvert pour extraire le fruit moulé. Il ne reste plus qu’à ajouter une queue, à peindre et à vernir. La réalité est obtenue grâce à la qualité de la peinture et à de petites imperfections volontaires, comme de petits trous de vers ou des tavelures brunies.

Usage : Ces fruits pouvaient servir aux nombreuses expositions des sociétés savantes horticoles du XIXe siècle, surtout lorsqu’elles avaient lieu hors saison. La collection de la SNHF était très demandée tant par des établissements publics que par des particuliers. Tous les spécialistes furent donc invités à donner leur avis pour améliorer l’aspect scientifique de la collection.

« Elle offre des tableaux parlants qui instruisent dans le présent et qui deviendront des pièces historiques pour l’avenir ».  Rapport de M. Michelin, conservateur des collections en 1861

Ce type de collection est rarissime en France. Actuellement, il n’en existerait que trois en plus de celle de la SNHF :
–     Muséum National d’Histoire Naturelle de Nantes : 268 pièces en cire
– Jardin du Luxembourg : une centaine de poires réalisées récemment
– Collection de Charles Baltet (1830-1908), horticulteur et pépiniériste à Troyes

Lettre de M. Michelin, datée du 11 février 1864, informant le président de la SNHF de l’acquisition de 49 pièces et précisant que M. Buchetet a remis gracieusement en état la collection après son exposition à Londres.

Lettre de M. Buchetet, datée du 10 avril 1861, remerciant la SNHF de l’avoir été choisi comme peintre-mouleur de la collection.

Anne-Sophie Berthon

Les locaux de la SNHF construits sur un ancien marais

Les locaux de la SNHF sont situés sur une ancienne propriété religieuse qui appartenait aux “Filles de la Visitation”, communauté baptisée également “Les Visitandines”. Cet ordre, exclusivement féminin, jouissait d’une grande prospérité économique qui lui permit d’acheter de nombreux terrains au sein de la capitale. Celui qu’elles acquièrent pour 8 500 livres, le 8 janvier 1673, rue de Grenelle, consiste en un demi-arpent de “terre de marais”. Il est « clos de murs de devant et derrière et de l’un des deux côtés » (M. Cointat, Histoire du 84 rue de Grenelle, p. 9). Deux ans et demi plus tard, le 16 septembre 1675, elles feront l’acquisition tout à côté, rue du Bac, d’une maison à porte cochère, réservée à leurs diverses activités.

Pourquoi un tel engouement pour un marais ?

À cette époque, les zones humides (marais, lacs, étangs…) étaient associées aux sciences occultes et aux maladies. Cependant, les Visitandines souhaitaient ardemment ce marais.

Elles en achèteront d’ailleurs plusieurs autres lors de leur expansion immobilière. Pour celui-ci, rue de Grenelle, elles n’hésitèrent pas à payer un pot de vin conséquent (44 livres) afin de remporter l’affaire. La raison en est fort simple : les Visitandines avaient compris très tôt les enjeux de l’eau.

Il est fort probable qu’elles disposaient de connaissances scientifiques poussées associées à un pragmatisme évident. A l’époque, l’eau courante dans les habitations n’existait pas. Il fallait quotidiennement aller chercher de l’eau et la ramener. Même si les habitudes d’hygiène et la consommation domestique étaient loin d’être celles d’aujourd’hui, les besoins en eau n’en étaient pas moins réels et ne cessaient de croître.

Les Visitandines créèrent rapidement un jardin de carrés de légumes sur leur domaine. Elles utilisaient l’eau de leur marais pour son arrosage, par l’intermédiaire d’un puits aménagé qui leur assurait aussi une consommation domestique régulière. Sans qu’il soit tenu compte de la qualité de cette eau, ce potager fut vite réputé pour sa magnificence.

Cette réussite s’explique par la présence d’une “zone humide” : le marais jouait à la fois le rôle d’une éponge – concentrant d’importantes quantités d’eau et servant de réserve en cas de pénurie – et de filtre, retenant les impuretés et augmentant d’autant la qualité de l’eau. Les Visitandines avaient donc réalisé un bon investissement.

L'après Visitandines

Après l’expulsion des religieuses en 1792, le terrain connut divers propriétaires, démolitions et ré-agencements mais l’accès au puits était conservé. Dès son installation, la SNHF exploite le potentiel en eau de cette nouvelle résidence : en 1863, deux fontaines agrémentent la cour (M. Cointat, Histoire du 84 rue de Grenelle, p. 30) et sont accessibles au voisinage, en plus du puits mitoyen. Cela témoigne que la SNHF prenait au sérieux les enjeux de l’eau et sa mission d’utilité publique (c’est vers la même époque que seront mises à disposition de la population parisienne les fameuses fontaines Wallace).

En 1970, l’hôtel particulier est détruit et remplacé par un immeuble moderne, conçu par un ancien élève de Le Corbusier. Le puits mitoyen est actuellement devenu une propriété privée et n’est plus, hélas, ni en service, ni accessible aux passants, mais il existe toujours. Parallèlement, l’histoire du puits artésien de la rue de Grenelle, au XIXe siècle, devait montrer que la qualité de l’eau dans cette partie de la capitale laissait tout de même à désirer. Sous l’impulsion d’Héricart de Thury (fondateur et président de la SNHF) des travaux furent entrepris pour l’aménagement d’un puits artésien rue de Grenelle, mais les résultats restèrent décevants. Au milieu du XXe siècle, la médiocrité de cette eau conduira à l’abandon de ce puits artésien qui fut finalement comblé.

Article paru dans Jardins de France
Octobre 2008