Compte rendu de l’essai comparatif de variétés d’oignons de couleur SNHF 2025

En 2025, la section potagers et fruitiers de la SNHF a décidé de réaliser des essais comparatifs de variétés de légumes. Plus de 90 jardiniers amateurs de différentes régions de France se sont portés volontaires pour participer à un essai de comparaison de cinq variétés d’oignons de couleur.
Méthode et déroulement des essais
Douze bulbilles de 5 variétés d’oignons de couleur ont été adressées à des jardiniers volontaires dans des sachets numérotés (1 à 5) sans les noms des variétés, avec un protocole détaillé, une feuille de notation et une page descriptive des maladies et ravageurs spécifiques.
Le protocole demande aux jardiniers de noter de nombreuses informations sur le déroulement de la culture et d’effectuer différentes observations permettant de mieux interpréter les résultats obtenus. Il précise notamment que les jardiniers arrosent modérément les oignons pour éviter les pourritures. Ils doivent récolter les bulbes d’oignons comme ils en ont l’habitude, c’est-à-dire au moment où le feuillage desséché s’affaisse. Les expérimentateurs doivent alors noter le poids total des bulbes récoltés, leur nombre et le poids des 10 plus beaux bulbes. Ils observent aussi l’aspect des variétés : forme, couleur externe et interne
Les jardiniers doivent également réaliser des tests gustatifs comparatifs des 5 variétés en cru et en cuit, Ils peuvent faire ces tests seuls ou avec des proches. Ils notent différents critères : le croquant, le piquant, la longueur en bouche et le goût et ajoutent des commentaires.
Sur les 91 envois, seulement 60 jardiniers ont répondu avec des résultats de rendements et des commentaires utilisables pour ce compte rendu. Les qualités gustatives ont, elles, été notées par près de 100 personnes (famille ou proches de celui ou celle qui a réalisé l’essai).
Les essais pris en compte proviennent de 31 départements différents répartis en France :
11 Aude, 13 Bouches du Rhône, 14 Calvados, 17 Charente maritime, 22 Côtes d’Armor, 27 Eure, 28 Eure et Loire, 31 Haute Garonne, 33 Gironde, 35 Ille et Vilaine, 36 Indre, 37 Indre et Loire, 41 Loir et Cher, 42 Haute-Loire, 44 Loire Atlantique, 49 Maine et Loire, 50 Manche, 54 Meurthe et Moselle, 56 Morbihan, 57 Moselle, 59 Nord, 62 Pas de Calais, 68 Haut Rhin, 69 Rhône, 75 Seine, 77 Seine et Marne, 78 Yvelines, 80 Somme, 83 Var, 91 Essonne. 92 Hauts-de-Seine.
Plusieurs essais ont été réalisés dans des établissements d’enseignement (4) et des parcs ouverts au public (3).
Observations en culture
Le développement des bulbes a fait l’objet de différentes observations.
Des différences de rapidité de développement ont été notées dès le départ. Les variété V1 Sturon, V2 Paille des vertus, V4 Keravel et V5 Centurion F1 ont démarré moins rapidement que la variété V3 (Red) Karmen, la plus rapide.
Après deux mois de culture et par la suite, ce sont V2 et V1 qui se sont le mieux comportées, puis V4 et V5. V3 s’est moins développée et dans de nombreux essais il a été observé des montées à graines de cette variété.
Peu de maladies ont été signalées autres que, dans de nombreuses situations, des pertes importantes, voire très importantes dues à des pourritures (Botrytis surtout et mildiou). Des dégâts dus à différents ravageurs ont affecté les rendements : campagnols, mouches de l’oignon, thrips.
Dans une vingtaine de jardins, les bulbilles n’ayant pas, ou pas assez, été arrosées au départ, le manque d’humidité a fortement affecté le rendement final.
Pendant l’été, selon les régions, des sécheresses importantes ont aussi affecté les rendements.
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Variétés, cultivars |
Couleur tunique |
Couleur interne |
Forme du bulbe |
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V1 Sturon |
jaune clair paille foncé |
blanche jaunâtre |
ovoïde en fuseau |
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V2 Paille des Vertus |
jaune clair paille foncé |
blanche |
en toupies aplaties |
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V3 (Red) Karmen |
violacée |
blanche |
ovoïde en fuseau |
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V4 Keravel (Roscoff) |
rose légèrement violacé |
blanche rosée |
ovoïde ronde en fuseau légèrement aplatie |
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V5 Centurion F1 |
jaune clair |
blanche |
ovoïde en fuseau aplatie |
Aspects des bulbes récoltés

Résultats quantitatifs
Sur les rendements par variétés
Les rendements obtenus sont extrêmement variables selon les lieux et les expérimentateurs, mais les comparaisons de données de ces productions par variétés sont assez constantes. Les écarts de rendement sont compris entre 0 à un peu plus de 2 Kg pour 10 bulbes d’une variété. La majorité des rendements corrects se situent entre 200 g et 1000 g pour 10 bulbes.
Pour la moyenne des poids de 10 plus beaux bulbes récoltés, les variétés V1, V2, V4 ont les meilleurs rendements, dans cet ordre, mais ces résultats ne sont pas significativement différents. La variété V5 arrive peu derrière avec 92 % de V1. La variété V3 obtient un rendement sensiblement moindre de 68 % de V1.
Qualités gustatives
Plus de 100 personnes ont participé à ces tests difficiles. De nombreux résultats sont contradictoires selon les expérimentateurs. L’ordre dans lequel les tests de goût des oignons ont été effectués peut modifier sensiblement la perception de leurs caractéristiques organoleptiques.
Il ressort toutefois des tendances significatives :
En cru
- Pour la dureté : V4 est notée la plus tendre à croquer, suivie de V1 et V2, puis V3, V5 est notée la plus dure en cru.
- Pour le piquant : V1 puis V4 sont notées les moins piquantes, puis V5, V2 et V3 sont notées à égalité les plus piquantes.
- Pour la longueur en bouche : ce sont dans l’ordre V3, V4, V5, V1 et enfin V2 dont le ressenti est le plus durable en bouche.
- Pour le goût : le meilleur est obtenu par V4 et V5 peu derrière, puis V3, enfin V1 et V2 sont les moins appréciées, presque à égalité.
Les commentaires précisent parfois agréables, goûts persistant pour V5 et V4. V3 est aussi jugée plus sucrée. V2 et V1 sont décrites plus piquantes.
En cuit (différents modes de cuisson ont été réalisés par les participants, en papillotes, à la poêle, au micro-ondes…)
- Pour la dureté : les plus tendres sont V5 puis V4 suivies de V2 et V3 et enfin V1 la plus dure après cuisson.
- Pour le piquant : la plus douce est V4 puis V3 suivie de V5. V1 et V2 sont à égalité les plus piquantes.
- Pour la longueur en bouche : ce sont dans l’ordre V5, puis V2, V3 présentent un ressenti le plus durable en bouche. V4 et V1 sont moins durables en bouche.
- Pour le goût : les meilleurs sont V4 et V5. Puis V3, V2 et V1 sont moins appréciées.
Les commentaires indiquent fréquemment « sucrées » pour V4 et pour V5 et « caramélisées ». V3 vient ensuite. V2 et V1 sont jugées parfois relativement « fades ».
En conclusion, il est utile de préciser que le choix des variétés à tester est délicat car il est intéressant de choisir cinq variétés qui soient commercialisées auprès des jardiniers amateurs et parmi lesquelles il y ait au moins une variété patrimoniale, une variété très utilisée, des variétés d’apparence et ayant des caractéristiques agronomiques et gustatives bien différentes afin de mettre en évidence la diversité variétale.
Il ressort que les rendements en poids sont pratiquement équivalents pour Sturon V1, Paille des vertus V2 et Keravel V4. Centurion F1 V4 arrive juste après. Le rendement de V3 a été inférieur dans cet essai, peut-être car les bulbilles qui ont été expédiées étaient de moins bonne qualité.
Le climat du printemps et l’été 2025 ont fortement impacté le comportement des variétés et leur développement. Certains essais ont obtenu de belles récoltes, d’autres ont connu de faibles rendements liés à des périodes de sécheresse et à l’absence d’irrigation. Des dégâts notables ont été provoqués par des pourritures dues au champignon Botrytis. D’autres dégâts dus à divers ravageurs ont été notés ça et là et peuvent expliquer les irrégularités.
Les tests gustatifs sont difficiles à effectuer et souvent sujets à contradictions entre les participants. Les « goûts » différents des uns et des autres peuvent expliquer ces contradictions. De la synthèse des résultats notés, il ressort néanmoins des tendances qui ont une certaine valeur statistique. Chacune des cinq variétés présentent des atouts et des faiblesses, qui pourront être appréciées par les jardiniers lors du choix des variétés à cultiver.
Cette expérimentation montre qu’il existe des différences importantes entre les variétés proposées par les distributeurs de semences. De très nombreuses autres variétés mériteraient d’être testées par les jardiniers, non seulement pour leur rendement, mais aussi pour leur résistance améliorée aux aléas climatiques, aux différentes maladies et aux prédateurs. Leurs aspects visuels sont aussi fort variables et leurs qualités gustatives à prendre en compte. Les « anciennes variétés » ont leurs qualités propres, mais il ne faut pas se priver d’essayer d’autres variétés qui pourront apporter bien d’autres satisfactions.
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Rédaction : Jean-Daniel Arnaud, responsable des expérimentations de la section potagers et fruitiers et membre du conseil scientifique de la SNHF.