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[CNJP19] Palmarès des lauréats du Concours national des jardins potagers

Le palmarès de l’édition 2019 du Concours national des jardins potagers a été dévoilé lors d’un grand moment de convivialité, de partage et d’échange entre jardiniers et passionnés. Tous les lauréats étaient conviés à la cérémonie de remise des prix qui s’est tenue le mercredi 04 décembre à la Société Nationale d’Horticulture de France.

Chaque année, le Concours National des Jardins Potagers récompense des jardins potagers remarquables en termes de diversité des légumes cultivés, des bonnes pratiques de jardinage et de l’esthétique même du jardin.

Ouvert à tous les jardiniers, ce rendez-vous annuel est organisé conjointement par la Société Nationale d’Horticulture de France, l’Association Jardinot, la Fédération Nationale des Jardins Familiaux et Collectifs et le Groupement National Interprofessionnel des Semences et Plants.

Notre jury d’experts, composé de représentants de ces mêmes organisations, a sillonné, durant toute la saison estivale, les routes de France pour découvrir les jardins des 23 finalistes issus d’une première sélection réalisée sur dossier. Ces visites ont été  l’occasion de rencontrer et d’échanger avec des jardiniers passionnés et d’apprécier leurs jardins afin d’établir, conformément au règlement du concours, la liste des lauréats dans chacune des catégories suivantes :

  • jardin potager privatif,
  • potager dans un ensemble collectif de jardins (centre de jardins, jardins familiaux…),
  • jardin potager privatif situé dans un environnement paysager (château, grand parc…),
  • jardin pédagogique, réalisé sur initiative individuelle ou avec la participation d’associations de jardiniers ou de sociétés d’horticulture,
  • jardins partagés, mis en place et cultivés au sein d’une entreprise ou par une association.

Les membres du jury vous emmènent à la rencontre des grands prix de l’édition 2019 et de leurs potagers remarquables !

LES GRANDS PRIX 2019

CATÉGORIE 1 : JARDINS PRIVATIFS

Grand prix : Bernard PATRY – Pisany (Charente Maritime)

© B.PATRY / SNHF2019

C’est dans une grande propriété arborée que Bernard PATRY et son épouse ont créé leur jardin potager de 400m². Cette création est un véritable défi car la nature du sol est ingrate, à certains endroits la roche est presque apparente, le site étant situé sur une ancienne carrière de pierres. Le jury constate une grande diversité: 39 espèces et 116 variétés ! Certaines originales : cristophine, patate douce, poire de terre et la conservation de variétés locales de haricots par exemple. C’est un potager assez libre allié à une grande propreté, une organisation rationnelle des cultures, la bonne intégration de diverses variétés de fleurs favorable à l’esthétique générale. Pas de produits phyto, mais utilisation de moyens de protection naturels : voile anti insecte, piège à limaces, huile de colza, savon noir. Une grande prairie fleurie proche du jardin est un excellent refuge pour les auxiliaires et les insectes pollinisateurs. Une remarquable installation très technique d’irrigation par système goutte à goutte géré par programmateur est réalisée à partir de récupération d’eau de pluie. La technicité de cette réalisation permet d’être particulièrement économe dans la gestion de l’eau. Une autre création remarquable est la constitution de grands bacs de sols reconstitués sur une grande profondeur incluant un grillage de protection contre les rongeurs et les taupes. Le fond est constitué de feuilles et de bois fournis par la partie boisée de la propriété. Bernard est à la recherche constante d’améliorations et de projets. C’est un engagement total de Bernard et son épouse pour mener à bien ce jardin et les espaces boisés de la propriété avec le souci pour chaque espèce potagère de réaliser le cycle complet de la culture, de la semence à la récolte. Ils n’achètent des plants qu’à la suite d’échecs de semis. Le jury apprécie particulièrement leur sens du contact et du partage, car ils n’hésitent pas à faire visiter leur jardin. « Je cultive une diversité de légumes pour une autonomie à 95 % sur l’année. Mon but est avant tout d’étendre mes connaissances en termes de jardinage en produisant mieux et en passant moins de temps. »

CATÉGORIE 2 : parcelle dans un centre de jardins collectifs

L’Association des jardins familiaux de Villeneuve St Georges comprend plus de 840 parcelles sur 22 ha (c’est le plus grand jardin collectif de France et sans doute d’Europe). Cette association encourage depuis plusieurs années les jardiniers à participer au Concours National des Jardins Potagers avec plusieurs candidatures et plusieurs lauréats au palmarès national. Merci à Dario Cerito responsable du centre. Cette année c’est le grand prix qui est attribué à :

Grand prix : Jean-Philippe HENIQUE – Villeneuve Saint Georges (Val de Marne)

© J-P.HENIQUE / 2019

Le jury est impressionné d’entrée par le nombre d’espèces et variétés qui se succèdent dans ce potager tout en longueur de 210 m2, cultivé par Jean-Philippe depuis 2 ans.

Il est bordé d’un côté par une bande de terre semée pour obtenir de nombreuses espèces florifères qui participent activement à l’esthétique, à la biodiversité et à la présence de pollinisateurs de toutes sortes. Les associations d’espèces florales se mariant avec les différentes familles d’espèces potagères sont particulièrement recherchées. Notons au passage le classique trio basilic/œillet d’inde/tomates. Jean-Philippe produit une quantité abondante de fruits et de légumes de très bonne qualité pour alimenter sa famille et ses proches tout au long de l’année. Son jardin est très propre et bien soigné. Le plus gros du travail du sol se fait à la grelinette. Le jury note aussi la présence de 3 cuves d’eau de 160l chacune, et le jardinier attache une très grande importance à la gestion de l’eau. Très convivial, Jean-Philippe est un excellent jardinier passionné qui nous déclare : « Je pratique le biocontrôle et utilise le moins possible les produits phyto. J’utilise les macro-organismes (nématodes, insectes prédateurs), les micro-organismes comme les bacillus et le bicarbonate de soude pour les maladies comme l’oïdium. Je contrôle les ravageurs. J’observe le jardin, je tâtonne pour obtenir le meilleur résultat et je prends des notes ».

CATÉGORIE 3 : potagers dans un environnement paysager

Grand prix : Véronique LANCELOT – Terra Botanica – Angers (Maine-et-Loire)

© V.LANCELOT / CNJP2019

Terra Botanica est une vitrine du savoir-faire horticole régional ouverte en avril 2010 sur 12 hectares visitables. Chaque année, le potager de 700m² est redessiné selon les inspirations de Véronique Lancelot diplômée en botanique et ancienne professionnelle de maraîchage biologique, avec toujours le souci d’introduire des nouveautés dans la présentation et les matériaux utilisés. Il est organisé en carrés thématiques avec la volonté permanente de surprendre, de susciter la curiosité et l’envie de déguster ce qui constitue une très bonne approche pour les néo-jardiniers. La visite débute par un clin d’œil sur le jardin traditionnel, avec les légumes alignés, en opposition au nouveau potager dans lequel fleurs et légumes se côtoient et qui fait souvent appel au hors sol en utilisant au maximum le volume. Le but pédagogique est clair : montrer qu’il est possible de jardiner sans posséder une grande surface de terrain y compris en bacs sur des surfaces imperméabilisées. Sur les 214 variétés de légumes cultivés, le jury note de nombreuses plantes originales retenues pour leur saveur ou leurs odeurs : Mertensia maritima, Tagètes réglisse, Stévia, Ficoïdes glaciale, Laitue Celtus dont on consomme les tiges, Cristophines…Il y a beaucoup de plantes grimpantes pour montrer que, sur de petites surfaces, on peut utiliser la 3ème dimension. Cette année une structure  en bois de grande envergure accueille les diverses cucurbitacées. Le carré courges accueille plus de 50 variétés dont le potiron « Atlantic Giant » (514 Kg en 2018). Un carré est consacré aux aromatiques vivaces, un autre aux légumes perpétuels. En matière de technicité, une grande attention est accordée à l’eau avec un bassin de 12.000 m3. La totalité du parc, dont le potager, est irriguée en goutte à goutte et n’utilise que des engrais organiques. Tous les jardins sont paillés avec diverses matières issues du parc. En matière de protection sanitaire, très peu de traitements sont pratiqués, car les légumes doivent rester en permanence palpables et goutables par le public. Quelques macérations : orties, prêle, consoude… Un carré thématique est d’ailleurs consacré à la présentation des plantes cultivées utilisables pour ces préparations, dont la rhubarbe. L’apport pédagogique est indéniable pour toutes les tranches d’âge de la population. Par endroit des QR codes renvoient à 3 applications : une chasse au trésor pour les enfants ; des vidéos scolaires à destination des enseignants et une application botanique sur une trentaine de plantes. Un carré comporte la présentation de cultures sur différentes formes de buttes dont la butte forestière constituée sur de gros rondins de bois. Un endroit est consacré à différentes présentations de « potager en trou de serrure » dispositif hors sol constitué par un bac à déchet central qui fournit l’humus et la vie biologique nécessaire à l’alimentation de la zone de culture périphérique. Toutes les productions sont livrées aux « Restos de Cœur ». Le jury a été conquis par cette très incitative mise en avant du potager.

CATÉGORIE 4 : jardin pédagogique

Grand prix : Jean-Pierre BAUDEUF – St Denis en Val (Loiret)

© J-P.BAUDEUF / CNJP2019

Sur un terrain appartenant à la commune, le « Jardin des écoliers » à vocation pédagogique, a été créé en 1997 par la SHOL avec le soutien de la Municipalité de Saint Denis en Val. Il fonctionne depuis 22 ans et a déjà été primé en 2006. Son agrandissement en 2018 a justifié une nouvelle participation au concours. Il est composé de 20 parcelles pour les enfants, plusieurs grandes parcelles cultivées collectivement, une grande serre-tunnel et un petit verger. Les enfants, de 10 à 11 ans, sont chacun responsables d’une parcelle de 15 m² pendant deux ans. Ils jardinent deux fois par semaine pendant une heure et demie. Ces parcelles sont cultivées selon un modèle précis comprenant des légumes racines, des légumes feuilles, des légumes fruits et des plantes à massifs. L’encadrement est assuré par une équipe d’une dizaine de bénévoles dirigée par Jean-Pierre Baudeuf et Yves Limousin (anciens professionnels de l’horticulture). La nouvelle serre-tunnel permet de réaliser à l’abri tous les travaux de semis, de mises en godets, les bouturages…et de protéger quelques espèces demandant des conditions particulières. Les 3 grandes parcelles servent à cultiver des espèces pérennes telles que les asperges, les artichauts et les fraisiers…Les larges allées engazonnées permettent de circuler facilement et sont bordées par des massifs de différentes espèces florales. Chaque année et en diverses occasions, des manifestations sont organisées en relation avec l’extérieur et en particulier avec des personnes âgées pour qui ces contacts sont extrêmement bénéfiques. L’ensemble est très bien entretenu et donne une impression de beauté remarquable. Toute cette organisation permet d’assurer auprès de ces jeunes une véritable formation théorique et pratique aux différentes opérations de création et d’entretien d’un jardin potager et ornemental. Ce jardin permet aussi, grâce à la très forte motivation de l’équipe, d’être un lieu d’animation de différentes activités sociales. Les légumes récoltés sont consommés par les enfants et leurs familles.

Plus qu’une réussite un véritable modèle !

CATÉGORIE 5 : potagers partagés mis en place et cultivés au sein d'une entreprise ou par une association

Grand prix : Danielle CABROL – Gestel Nature – Gestel (Morbihan)

© D.CABROL / CNJP2019

Ce jardin partagé a été crée en 2007. Il se trouve sur le site de l’ancienne station d’épuration de Gestel, et, lors de sa démolition la commune a accepté de confier la gestion de cette parcelle de 4000m² à l’association Gestel Nature animée par Danielle Cabrol et son mari. Le hangar des services techniques a été maintenu et en partie emménagé par l’association pour en faire une pièce d’accueil très chaleureuse, pour des activités manuelles et la fabrication de confitures vendues lors de la fête de la nature et du marché de Noël pour financer le potager. Les légumes sont cultivés dans des carrés légèrement surélevés pour facilité l’accessibilité aux personnes âgées. De nombreuses variétés de légumes sont associées à des fleurs, arbustes, rosiers, vivaces sans oublier l’art au jardin présent partout. Un tunnel permet de faire les plants. Le clarificateur d’eau cédé par la mairie constitue un point d’eau permanent. Gestel Nature accueille tous les mardis une classe de jeunes collégiens en difficulté. Les connaissances techniques de base ont été bien acquises : associations légumes/fleurs, rotation des cultures, paillage, accueil des auxiliaires… La diversité et la volonté d’esthétisme sont présentes. Très original pour protéger le jardin d’éventuelles intrusions : la plantation sur tout un coté de l’ancien ru d’une ligne de « GUNNERA ». Le Jury a été particulièrement impressionné par la motivation de partage, d’accueil, d’apprendre….L’investissement humain a été et reste important. Comme nous l’a confié un adhérent : « aurons-nous le temps de nous poser sur les fauteuils ? » Il fallait y croire. Ils y croient toujours. Bravo

PALMARÈS 2019

Catégorie 1 : Jardins potagers et privatifs

1er prix : Bernard & Liliane PAFFONI – Florac-Trois-Rivières (Lozère)

© PAFFONI / CNJP2019

Nous avons rencontré des personnes qui ont deux amours : le potager et les hydrangeas pour Bernard et le jardin et les rosiers pour Liliane. Arrivés à la retraite ils ont pu réaliser leur rêve. Le jardin a été créé de toute pièce dans un superbe site entouré de monts des Cévennes. Sur la pente du terrain, Bernard PAFFONY a aménagé deux terrasses pour installer le potager de 180m² au total. Une allée les sépare en deux parties. Une première terrasse est consacrée à la culture de carottes, protégées de la mouche par un filet, de haricots de diverses variétés, de choux…une serre abrite les tomates et leur évite les maladies. La seconde est plantée de pommes de terre et de cucurbitacées sans oublier la variété locale d’oignon des Cévennes. Le résultat est remarquable malgré le climat rude et souvent aride de la région, ce qui nécessite de fréquents arrosages malgré l’utilisation du paillage. L’eau de pluie des toitures est récupérée et ensuite remontée dans des cuves en haut du terrain, ce qui permet un arrosage par gravité, 4 000 litres sont ainsi stockés. Une curiosité : un arrosoir « chantepleure » asperge délicatement les potées fleuries. D’autres fleurs agrémentent le jardin et des plates-bandes, des écriteaux çà et là répandent la bonne parole. Compost et lombricompost sont utilisés pour l’amendement du sol. Je ne peux terminer sans évoquer le verger, en haut du terrain, et surtout la collection d’hydrangeas et de rosiers de nos deux passionnés. Je leur laisse le mot de la fin : « Le jardin est un plaisir que nous partageons à 2. Aucune tâche ne nous rebute, nous avons appris la patience et l’humilité. Jardiner nous émerveille toujours autant, et c’est une source de bien-être et de sérénité ».

2e prix : Jean-Noël CHAIZE – Paulmy (Indre-et-Loire)

© J-N.CHAIZE / CNJP2019

Jean-Noël Chaize, jardinier amateur en activité (ingénieur microbiologiste) possédant 10 années d’expérience dans le jardinage a fait l’acquisition en 2017d’une longère située sur un grand terrain. « Fin 2018, nous décidons de créer un potager de 200m² à partir d’un tas de ronces. Nous avons bossé comme des fous tous les week-ends. Nous avons pu faire la synthèse de près de 10 ans d’apprentissage de jardiniers ». Une zone d’agrément et un pré arboré, comportant une partie de vieux fruitiers, pâturé par des moutons, occupent le reste du terrain. Jean-Noël parle avec enthousiasme de son jardin aux formes libres et de son plaisir de vivre en famille à la campagne un équilibre indispensable à une vie professionnelle intense. Il nous confie que « Jardiner, c’est comme un antidépresseur naturel ». Son objectif est de tendre vers une autosuffisance en fruits et légumes avec des choix fondés sur le respect de la nature, un sens de l’esthétisme et un lien avec le culinaire pour le goût qui oriente ses choix variétaux. Dans les procédés de culture nous notons particulièrement : l’utilisation du paillage, l’irrigation localisée sous le paillage, le désherbage manuel, le compost maison et bien sûr du fumier des moutons et des poules, enfin l’attachement à maintenir un sol vivant (sa profession de microbiologiste n’est pas anodine…) La protection des plantes fait appel le plus possible aux équilibres naturels favorisés par de nombreux dispositifs : accueil des auxiliaires, nombreux nichoirs à mésanges, culture d’engrais verts, rotations, macération d’orties, usage modéré du cuivre si nécessaire, association fleurs légumes, pratique du mélange variétal pour beaucoup d’espèces, laitues 12 variétés, tomates une quinzaine, et beaucoup de légumes anciens type rutabaga, salsifis…et contre les mulots test de pièges à ultrasons. Jean Noël jardine très assidument, principalement le week-end. Il se documente beaucoup, mais il estime avant tout nécessaire de faire ses propres expériences.

3e prix ex-aequo : Christian THIERY – Damelevières (Meurthe-et-Moselle)

© C.THIERY / CNJP2019

Christian est un jardinier amateur très compétent, très informé et très efficace. C’est un superbe potager de 170m² seulement, mais exemplaire dans sa tenue. Et puis c’est un poète, la lecture du dossier a été un régal pour le jury. Il se terminait par cette phrase : « si j’ai été un peu long, veuillez m’en excuser, mais les questions posées abordent de vastes sujets et en jardinier passionné, il m’a été difficile de faire court ». Les nombreuses variétés de légumes sont choisies en fonction de critères bien précis : rendement, saveur, résistance, rusticité, adaptation au climat local et spécialités régionales. La diversité est importante et il aime bien découvrir de nouvelles choses. La gestion des cultures est rigoureuse et adaptée aux circonstances : « ainsi, lorsque mon jardin est en ordre de bataille, bien vert et vigoureux, plus besoin de traitement ». Il récupère et stocke l’eau de pluie nécessaire pour ses besoins. Il est à l’affût de toutes les informations sur le jardinage, il possède de nombreux ouvrages sur le sujet. Une serre lui permet de cultiver une partie de ses tomates et de faire ses semis, un silo fait maison sert pour stocker ses légumes en hiver. Il pratique le paillage et fait son compost. Christian aime le mariage des fleurs et des légumes, son jardin est parfaitement entretenu et très propre. Sa motivation est très forte, « faire vivre son jardin, c’est aussi chercher des solutions de culture en autarcie ». Un vrai spécialiste du potager vivrier. Bravo.

3e prix ex-aequo : Gilbert MENZIN – Guerting (Moselle)

© G.MENZIN / CNJP2019

C’est un beau potager vivrier de 200m², complété par un verger de 225m². Gilbert maitrise parfaitement son sujet et « je pourrais en parler pendant des heures, car la vie sans mon potager serait bien triste ». Il possède deux récupérateurs d’eau de pluie. Il fait pratiquement tous ses semis et ses semences et fait son propre compost. Il utilise du savon noir, du bicarbonate de soude et fabrique ses propres macérations d’orties. Le jury remarque qu’il pratique peu les associations légumes/fleurs, mais ce choix est volontaire compte tenu du peu de succès constaté. Par contre il favorise l’accueil des auxiliaires et il pratique la rotation des cultures. Au printemps, il participe avec un groupe de jardiniers à des trocs aux plantes et fait des échanges, il est aussi à l’affût de nombreux essais de plantes nouvelles voire même exotique. Beaucoup de diversité et de plantes originales peu courantes dans la région, surtout des tomates (15 variétés), des courges, de l’ail, et bien sûr le chou pour la choucroute faite maison. Son épouse tient un cahier de jardin. C’est un véritable passionné de légumes très motivé et très compétent.

5e prix : Jean-Pierre PERALTA – Raids (Manche)

© J-P.PERALTA / CNJP2019

« Enfant, j’adorais mes grands-parents. Je leur disais : plus tard je serai horticulteur pour fleurir votre tombe ». Jean-Pierre a persisté dans cette vocation, il a été horticulteur avec un parcours en création de jardinerie et un changement radical de métier en s’orientant vers la restauration. Retraité, il a créé ce potager de 600m² dans un terrain précédemment cultivé en bio par un agriculteur. C’est un jardin créé très récemment qui donne déjà de bons résultats. De conception classique, il présente une alternance d’espaces fleuris et d’espaces cultivés : planche de dahlias, de statices, de glaïeuls, de giroflées et planches de légumes. Une cinquantaine de variétés sont cultivées : haricots verts, carottes, choux…Le large espace qui sépare les planches permet un accès facile aux cultures. Deux grandes serres abritent les éspèces demandant de la chaleur : tomates, aubergines, poivrons et aussi des essais pour tester le comportement de certaines variétés élevées sous serre. Grand adepte des macérations : ortie, consoude, prèle, Jean-Pierre les utilise fréquemment en cas d’attaques de maladies ou de prédateurs. Pas d’autres traitements sauf bouillie bordelaise, et si besoin contre des prédateurs qui résistent, les mulots, avides des pommes de terre cultivées sous paille. Pour conserver toute cette production, Jean-Pierre PERALTA revient à une technique utilisée dans son passé en restauration : la conservation sous vide. Et le mot de la fin lui appartient : « Un jardin, même petit, c’est la porte du paradis ».

Prix spécial du Jury : Thomas KREISER – Marsillargues (Hérault)

© T.KREISER / CNJP2019

Battu par les vents et sous un soleil de plomb, sur une ancienne friche agricole (vigne), au milieu de nulle part, jaillit un improbable potager. Il aura fallu 10 ans de labeur, à deux, à raison de deux jours par semaine pour ce résultat. Le jardin, d’une superficie totale de 4200 mètres carrés, est composé de quatre entités qui se succèdent dans le souci de casser les vents dominants : Une prairie naturelle, comme zone tampon, délimitée par un alignement d’arbres fruitiers. Un verger de 2400m², constitué d’espèces adaptées, avec ici et là des plantes ornementales mellifères et des variétés expérimentales de tomates. Le potager de 900m² est conçu comme un labyrinthe. Les haies fruitières mixtes dessinent des quartiers (huit) où un microclimat se devine. Chacun de ces derniers se décompose en planches de cultures où nous notons la présence d’une centaine de variétés de légumes. Enfin une quatrième partie, dite “sèche”, est représentée par une jeune oliveraie sur pelouse en association avec des plantes aromatiques méditerranéennes. Tout est réfléchi et conduit dans le respect de l’environnement : choix variétal, compagnonnage, paillage, compostage, jeux d’ombre et de lumière, brise vent… Il n’y a ni électricité ni eau potable sur le domaine. L’arrosage se fait par goutte-à-goutte. Une anecdote a retenu l’attention du jury : tous les outils thermiques (débroussailleuse, motoculteur) ont été vendus et l’argent récolté a permis d’investir dans un broyeur. L’aspect esthétique, la volonté de biodiversité ne sont pas en reste et la notion de partage est très présente. Ce projet est dans sa phase d’épanouissement dans un milieu hostile (chapardage, incendie volontaire, climat rude) et c’est une prouesse ! Thomas nous déclare : « Un sentiment d’être une partie intégrante de la nature apporte une paix intérieure ». La passion est là ! Le jury a souhaité décerner un prix spécial «  bioclimatique » pour son adaptation aux conditions environnementales.

Prix spécial du Jury : Josiane FLOTA – Bisel (Haut-Rhin)

© J.FLOTA/CNJP2019

La propriété est immense, avec un grand verger et beaucoup de fleurs. Le potager de 1000m² est très beau, très propre et bien tenu. Josiane FLOTA le cultive depuis 49 ans et déclare « je suis toujours heureuse dans mon jardin ». Elle possède 2 serres, beaucoup de récupérateurs d’eau, elle fait son compost. Elle récolte des graines pour la majorité des semis et plants qu’elle fait elle-même. Elle participe à des trocs de plantes et fait beaucoup d’échanges. Elle associe fleurs et légumes de manière importante, principalement avec des œillets d’Inde, soucis et myosotis. Elle ramasse ses doryphores à la main et n’utilise aucun produit chimique, que des remèdes naturels, déclarant au jury : « Je suis pour le naturel, j’ai le désherbant au bout des doigts ».

Le potager produit de nombreux fruits et légumes, qui se dégustent, se transforment en conserves, confitures, mais aussi congelés, ou stockés en silo. Rien ne se perd, les plantes abîmées vont nourrir poules et lapins, ou finissent au compost. Elle utilise des décoctions et se documente beaucoup sur le jardinage, elle est à l’affût de conseils et de nouveautés.

Le jury a souhaité décerner un prix spécial « du jardin autonome » à Josiane pour son investissement dans ce potager à la fois esthétique et nourricier pour toute la famille, enfants et petits enfants.

Nominé : Bruno MARTIN – Saint-Max (Meurthe-et-Moselle)

© B.MARTIN / CNJP2019

Bruno MARTIN est ingénieur à la chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle. Il s’intéresse à tout ce qui concerne le jardinage depuis 13 ans. Il maitrise bien toutes les techniques d’un jardinage respectueux de l’environnement. Il fait une grande partie de ses semis, utilise beaucoup de macérations et de produits naturels, récupère l’eau de pluie, tient un cahier de jardinage, possède deux serres, dont une nouvelle depuis cette année, et deux composteurs « le compostage des déchets verts a permis de diminuer de façon drastique les déchets mis aux ordures ménagères. Cela contribue de façon simple à une gestion durable ».Il réussit parfaitement le mariage des fleurs et des légumes, beaucoup de lavandes et de lys. Bruno estime que 25% des besoins en légumes de la famille viennent du potager. Le jury remarque une grande diversité malgré une surface limitée. Ce potager de 80m² est petit mais très propre et bien travaillé. Nous apprécions beaucoup la motivation de ce jardinier amateur mais qualifié. Le jury l’a retenu pour une nomination, nous l’encourageons ainsi à persévérer et à concourir à nouveau.

catégorie 2 : parcelles dans un centre de jardins collectifs

1er prix : Gérard REGA – Ris-Orangis (Essonne)

© G.REGA /CNJP2019

Situé dans le très bel ensemble de jardins collectifs de Ris Orangis, le jardin de 110 m² est cultivé depuis 2 ans. Auparavant, Gérard cultivait une parcelle voisine plus petite, déjà récompensée en 2012. Proche de l’entrée, cette parcelle se remarque tout de suite par la densité des légumes, des fleurs et des nombreux aménagements réalisés en accord avec son épouse. Certaines espèces, laitues, fraisiers, fleurs, sont cultivées en hauteur sur des supports appropriés pour faciliter la récolte et gagner en place. Les plants sont faits par Gérard grâce à la serre collective. De nombreuses espèces d’origine tropicales aromatiques, potagères ou ornementales sont installées ça et là. Tout est extrêmement soigné et l’effet esthétique est très recherché. Pour faciliter la circulation, les petites allées sont consolidées. Un étiquetage permet de s’informer sur les différentes familles et espèces. Le jury a apprécié ce jardin qui est une œuvre originale réalisée par un couple passionné. C’est à la fois un jardin productif, décoratif et un lieu de vie qui permet d’accueillir la famille et les amis. C’est aussi un moyen de réaliser d’importantes économies sur l’achat des légumes.

2e prix mention spéciale “jardin en ville” : Margaux GANDILLON – Nantes (Loire-Atlantique)

© M.GANDILLON / CNJP2019

Le potager de Margaux, de 100m², fait partie d’un jardin collectif de la ville de Nantes qui se trouve dans une zone nature. Serre et composteur sont communs. Il est bien entretenu, paillé, ce n’est pas un jardin productif mais la volonté première reste la détente. Il y a des essais de lasagnes, de keyhole (formation en trou de serrure), d’oyats pour économiser l’eau. La jardinière est créatrice, l’esthétisme est présent. La technique est influencée par les réseaux sociaux, mais les résultats ne sont pas négligeables tout de même, de la diversité en genres et une trentaine de variétés de légumes. C’est un type de jardin peu présent dans les jardins familiaux qui sont plutôt très productifs, mais de plus en plus présents avec les nouveaux jardinier(e)s. Comme le dossier précédent, l’approche du jardin par Margaux s’adapte aux nouveaux modes de vie des jeunes jardiniers, qui par la force du quotidien  évolueront vers un jardinage plus pratique à gérer et moins contraignant. Cette conception s’exprime bien dans ces mots de Margaux : « Le jardin est un véritable jeu de création et d’inspiration pour moi. J’y passe le plus de temps possible car c’est un lieu de ressourcement. Je m’amuse, j’explore, je m’émerveille tous les jours ! ».

3e prix mention spéciale “jardin en ville” : Anne-Claire GALLAIS – Poitiers (Vienne)

© A.GALLAIS / CNJP2019

C’est un jardin privé dans un espace collectif non géré. C’est un espace vert important divisé en parcelles qui sont vendues par la ville à des particuliers qui les cultivent suivant leurs affinités. Anne-Claire a acheté des parcelles pour installer un potager sur 800m2. Elle jardine depuis 3 ans. Elle est à la recherche des meilleures solutions pour optimiser ses résultats. Pour le plaisir elle teste aussi des variétés : sorgho, lentilles, soja, doliques…Les terrains se situent en zone inondable et sont entourés de canaux qui permettent un puisage pour l’arrosage à l’arrosoir. Des fleurs agrémentent les plantations. Le jardin n’est pas vraiment structuré, c’est un jardin imaginatif et spontané. Les espaces qui séparent les plantations restent enherbés et certaines herbes indésirables se propagent : un paillage intensif lutte contre ces adventices. Question existentielle pour Anne-Claire : « vais-je arracher cette ~mauvaise herbe~ ou la laisser fleurir, car, après tout, elle ne me gène pas vraiment ». L’environnement est propice aux auxiliaires, pas de traitement mais utilisation de décoctions, et associations fleurs /légumes. Des arbres fruitiers existants avant l’achat sont exploités : noyer, pommier, abricotier, prunier et un espace de bambous fournit les rames pour les haricots. C’est un espace surprenant, intéressant, en dehors des canons du jardin collectif classique, avec une jeune jardinière qui aborde le jardinage hors des sentiers battus.  Le jury estime que ce type d’approche du potager peut susciter de l’intérêt auprès de futurs jardiniers en quête de nouvelles approches pour les potagers de ville.

Catégorie 3 jardin dans un environnement paysager

1er prix ex aequo : Jérémie & Guyonne DELECOURT & Sébastien FRERE (Chef-Jardinier) – Domaine de Daubeuf Daubeuf-Serville (Seine-Maritime)

© DELECOURT / CNJP2019

Le jury a été accueilli par Mr Guillaume Baschet-Sueur, concepteur paysagiste et régisseur du domaine. Le potager dit « d’ornement » date de 2017, et constitue l’élément fédérateur de la restauration de l’ensemble. Monsieur Jérémie Delecourt, propriétaire du domaine depuis 2014 est un passionné de paysage. Il avait envie de créer un jardin. C’est le coup de foudre pour Daubeuf ! Le potager s’étend sur 4765 m². La vue d’ensemble, depuis un belvédère en surplomb, donne une très belle impression d’harmonie, de couleur et de spontanéité, bien que la rigueur soit perceptible avec cette disposition des 3 carrés cernés de charmilles autour d’un bassin. Les bordures sont en châtaigner, ainsi que les tuteurs qui supportent les grimpantes du jardin. Comme nous l’explique Guillaume « Nous essayons de mêler harmonieusement arbres fruitiers en tige, plantes potagères, aromatiques, vivaces, bulbes, petits fruits, arbustes et grimpantes, dans une superposition de strates propice à la conservation de l’humidité et au développement de la biodiversité », dispersés dans 96 massifs tous différents. Si le nombre de variétés et d’espèces potagères est significatif, une fois à proximité, ce meli-mélo des genres étouffe un peu la visibilité des légumes. Les connaissances des personnes rencontrées sont tout à fait fiables, que ce soit le régisseur comme le chef jardinier. Nous notons de grands espaces de compostage destinés au recyclage de toute la matière organique produite sur le site. Plusieurs citernes souterraines, datant de la fin du XIXe siècle permettent d’arroser le potager à l’eau de pluie. Pas de bêchage pour favoriser la vie du sol. Utilisation de macération d’orties et de décoction de prêle fabriquées sur place. La terre n’est jamais à nu. Les associations du type carottes et oignons pour les préserver de la mouche, sont largement utilisées. Les motivations sont multiples : outre la revalorisation du patrimoine, l’intérêt par rapport au végétal, et surtout la préoccupation sociale et humaine sont exemplaires. L’aspect pédagogique est significatif et intéressant, il y a une véritable démarche vers les écoles locales. Nous notons aussi une démarche d’insertion  via l’association « Daubeuf partage » qui accueille les patients en psychiatrie de l’hôpital de jour de Fécamp dans un but thérapeutique. La dimension humaine s’exprime par l’accueil d’une famille Syrienne. C’est bien un lieu de transmission des savoirs et savoir-faire jardiniers vers des publics très variés et la mise en avant du jardin potager et fruitier comme lieu d’innovation et d’expérimentation.

1er prix ex aequo : Luc BIENVENU – Jardin Rocambole Corps Nuds (Ille-et-Vilaine)

© L.BIENVENU / CNJP2019

Luc Bienvenu était maraicher bio. A la retraite depuis 2005, il a créé ce potager sur une partie de l’exploitation. Luc est aujourd’hui formateur technique en maraichage bio, conférencier et jardinier conseil auprès des jardiniers amateurs. « Toutes les techniques utilisées respectent avec exigence les bases du jardinage écologique, en essayant de tendre le plus possible vers la création d’un « écosystème jardin » le plus autonome possible ». Le jardinier est aussi expérimenté que passionné. Le discours est réaliste, pragmatique, fondé sur l’expérimentation et sur une grande connaissance. Nous sommes loin des utopies quelquefois entendues. Le point central du travail : le bon état du sol, sa structure et sa porosité (circulation air-eau optimale). Malgré la sècheresse, le potager est luxuriant donnant l’impression d’une oasis de verdure. Si l’eau est disponible, la gestion en est malgré tout rigoureuse. Outre la dimension écologique, 3 autres points guident la démarche : la dimension économique (nourrir 2 familles en autosuffisance toute l’année), la dimension artistique : faire du potager et de l’ensemble du jardin un lieu d’émotion artistique, de relaxation et de méditation, la dimension humaine (réaliser un potager sans s’épuiser et sans y consacrer tout son temps). Le potager d’une surface totale de 1000m² est très organisé au niveau de la rotation des cultures avec l’organisation en 4 blocs : printemps, été, quinquennal et celui à rotation longue. Il est composé de planches de 1,20m de large. Un « potager des curiosités » rassemble les variétés originales : yacon, perilla, capucine et glycine tubéreuses, souchet, oca, hélianthi….On dénombre 80 espèces légumières pour 200 variétés environ. Luc prend le temps nécessaire à la bonne maitrise des gestes techniques du jardinier : qualité des graines et des plants, qualité des semis et plantation, précision sur les soins aux cultures (taille, palissage), paillage mixte (ce qui est nourricier en dessous, manteau protecteur par le dessus), utilisation de variétés adaptées, respect des cycles saisonniers. Site exemplaire à de nombreux points de vue tant le potager, que l’univers environnant, que le jardinier aidé uniquement par Christine qui participe à l’accueil de 7000 visiteurs par an. Le jury à particulièrement apprécié la décoration et la fantaisie dans la mise en scène, dans l’usage des structures et matériaux, dans l’agencement des fleurs autour des légumes et dans le lien intime avec le reste du jardin.

3e prix : Marie-France MENAGE-SMALL & Maxime VOIZEUX (Chef-Jardinier) – Vergers/Potagers de Montigny, château de Montigny-sur-Aube (Côte-d’Or)

© MENAGE-SMALL / CNJP2019

Mme MENAGE-SMALL a acquis cette propriété en 2002. La réhabilitation du verger potager a été lancée en 2009 pour se terminer en 2015, mais dès 2012 les premières productions ont eu lieu. Le verger potager clos de mur s’étend sur 5200 m2 dans un parc de 3 ha. Les allées d’arceaux en forme de croix convergent toutes au bassin du jardinier et les différents jardins qui le composent. Le potager productif hors les murs a une surface 3500 m². Ces deux potagers sont certifiés « Ecocert ». Le nombre de variétés et d’espèces potagères est important. Nous pouvons observer des carrés de tomates en Tipi (environ 50 variétés différentes) associés à des œillets d’inde en fleurs et des carrés pour les pommes de terre en rotation. Un autre lieu regroupe des cucurbitacées associées à des lavandes et des tournesols. Il y a des plantes aromatiques dans des carrés près de 12 ruches. Le potager hors les murs est plus productif pour fournir les cuisines de la ferme auberge. La sécheresse n’a pas permis au jury de se rendre compte du potentiel de récolte. Le jeune chef- Jardinier Maxime VOIZEUX (26 ans) est un vrai passionné. Il est de formation jardin Espaces Verts et a appris le maraichage et l’arboriculture avec François Moulin du potager du Roi. Le jury regrette l’absence de paillage du sans doute à la difficulté d’en trouver certifié « Ecocert » à proximité. La lutte contre les prédateurs est réalisée par des piégeages contre les maladies par des traitements préventifs au cuivre, huiles, et purins. Mais la biodiversité du parc semble suffire. De nombreux panneaux pédagogiques sont disposés pour une bonne information des visiteurs. C’est plus un verger qu’un potager mais la réhabilitation est magnifique, les cultures sont entourées de buis, les treillages métalliques de qualité des fruitiers structurent l’espace. Pour les visiteurs avec audioguide chaque espèce a un numéro qui permet la visite en toute autonomie. Maxime nous a également confié avoir mis au point une recette miracle pour lutter contre la pyrale du buis, ce qui semble être efficace, car les buis se portent à merveille. L’utilisation de cette recette repose aussi sur une très scrupuleuse observation du cycle de vie du ravageur.

4e prix : Jean-Yves MEIGNEN – Abbaye de Valsaintes – Simiane la Rotonde (Alpes-de-Haute-Provence)

© J-Y MEIGNEN /CNJP2019

Après avoir terminé un jardin sec pour les plantes endémiques et un magnifique jardin des roses avec 500 espèces et variétés commencés il y a 20 ans, Jean-Yves Meignen a lancé il y a 3 ans son potager agro écologique. Ce pari était loin d’être évident : directement sur le rocher, plein sud et à 600 m d’altitude avec une amplitude thermique de 20 degrés en été ! Il a fallu restaurer les deux murets en pierres sèches des restanques (terrasse) et amender le mince sol avec le compost des déchets végétaux des autres jardins et les déjections des quelques animaux. Une réserve d’eau de 1200 litres a été réalisée avec des buses de béton habillées de pierres. Le dénivelé suffit pour alimenter l’arrosage au goutte à goutte (3 heures, une fois par semaine). L’ensoleillement excessif d’été est un problème qui sera résolu par des haies fruitières, complétées actuellement par des tournesols et du ricin. La présence des murs protège les cultures du froid de l’hiver. La culture des légumes utilise les engrais verts (seigle, vesce, féverole et phacélie) fauchés à la main et laissés sur place en paillage. Le compost est l’unique fertilisation. Les semences et plants sont au maximum auto produits. Les semis ou les plantations se font le plus souvent directement sans travail du sol en écartant légèrement le paillage. Les espaces cultivés sont optimisés par de nombreuses rotations de cultures bien raisonnées. La verticalité est utilisée par quelques tuteurs et par les murets où courent les légumes grimpants. Un espace est réservé aux plantes perpétuelles. Pour la protection des cultures, seules sont utilisées en cas de besoin des préparations à base d’huiles essentielles.

Deux essais (oyas et lasagne sèche) pour économiser l’eau ont été réalisés mais ne sont pas concluants. Ce potager de 500m², constitué de planches de 12m², a atteint sa taille définitive. Il contribue grandement à nourrir les 8 personnes qui travaillent sur le beau site de l’abbaye de Valsaintes. Il sert de base pédagogique à Jean-Yves pour les stages qu’il y organise au printemps et en automne. A terme, le but est d’augmenter la production en améliorant encore les rotations, les associations de légumes et en développant les cultures de printemps et d’automne qui sont les périodes les plus favorables. Le jury apprécie cette très belle réussite dans un environnement difficile.

CATÉGORIE 4 : JARDINS PÉDAGOGIQUES

1er prix : Céline DUREL – Sainte-Eulalie (Gironde)

© C.DUREL / CNJP2019

Le potager de 600m² est localisé à la périphérie du village. Il est composé de carrés astucieusement et économiquement délimités avec des profilés utilisés pour le Placoplatre, séparés par de larges allées enherbées. Il est conduit en permaculture, et le résultat est concluant. Les mélanges de fleurs et de légumes donnent une esthétique très agréable à cet ensemble. La rotation des cultures est organisée et suivie sur un cahier de jardin informatisé.

L’ensemble est conduit avec utilisation de substances naturelles en cas de nécessité.  Pour l’aspect pédagogique, Céline propose deux parcours très astucieusement élaborés pour susciter l’intérêt. Un parcours pour les enfants qui ne savent pas lire est basé sur l’observation de couleurs et d’images pour retrouver des éléments à découvrir. Celui des enfants plus âgés est basé sur un rébus, des énigmes disséminées dans le jardin et un livret de questions. Un puzzle à reconstituer pour chaque parcours permet d’accéder à un trésor. Un atelier rempotage permet aux enfants de repartir avec son trésor : une plante ou un semis qu’il va soigner et voir pousser. Des lapins, des poules et des poissons dans un bassin complètent le tableau. Le jardin, aménagé pour la circulation de fauteuils roulants, est aussi ouvert aux adultes et aux personnes âgées avec un parcours « flânerie » qui permet de découvrir senteurs et couleurs. Le coin des senteurs est un parcours olfactif où les différents aromates sont agencés dans des pots et regroupés selon leur fragrance. Il permet de découvrir toute une palette d’odeurs et de saveurs dont certaines surprenantes (Mertensia maritima au goût d’huitre, Immortelle d’Italie à l’odeur de curry, géranium à odeur de pomme…). « La flânerie tourne souvent en un moment d’échange, d’expérience, de partage, de passion…Le temps passe alors très vite et se termine en collation ».Ce potager est aussi le lieu où la créativité, l’imagination, l’inventivité, l’originalité, le gout sûr de Céline se sont exprimés : chaque carré à son décor propre qui sera modifié la prochaine saison. On note le recyclage de cuillers à soupe pour l’étiquetage, les pots à fleurs peints, les arrosoirs décorés, les chaises de jardin pour y déposer des objets… et pour terminer l’énigmatique fontaine magique. « J’aime le côté pédagogique avec ce plaisir de transmettre, mais j’aime aussi le regard et les remarques émerveillées des enfants et des adultes ». Le jury apprécie ce jardin d’un très haut niveau pour la technique, la diversité des variétés, la perfection de l’esthétique et l’ingéniosité des parcours pédagogiques.

Prix spécial avec mention du jury “initiative citoyenne” et ordre de ROMARIN : Étienne MOULY – Couture sur Loire (Loir-et-Cher)

© E.MOULY / CNJP2019

Le jardin est situé dans la cour de l’école sur la commune de Couture sur Loir, 424 habitants. L’école regroupe 5 villages pour un total de 30 à 36 élèves, organisée en 2 classes du CP au CM2. Début 2018, la directrice fait appel à Etienne Mouly chef de cuisine retraité, défenseur du goût des mets, dont elle connaît les talents de jardinier. Etienne possède un jardin personnel et préside l’association des jardins de Cassandre. Le projet démarre pratiquement sans budget, à partir de dons de graines et de plants, de planches de palettes pour composer des carrés de jardin et un silo à compost. Les enfants préfèrent les carrés bien délimités. Ils en changent la disposition chaque année au gré de leur expression créative. Ils travaillent collectivement sur les parcelles qui représentent 300m². (+ 100m² de verger). Une cabane de jardin en Tuffeau est présente dans la cour, elle permet de remiser les outils adaptés à la taille des enfants. Un puits fournit l’eau. Sensibles à l’engagement de l’école, 2 enseignes de jardinerie ont accepté de consentir des dons et des rabais substantiels sur les achats des outils notamment. Un hôtel à insectes à été installé. En 2020, il est prévu d’installer une petite serre. Les enfants sont divisés en 2 groupes de niveaux  et jardinent à raison d’une heure par semaine pour chaque groupe. Le travail est préparé en amont par des fiches pédagogiques réalisées en classe. Ils participent aussi à des actions de petit bricolage, comme des pièges à taupins confectionnés à partir de cylindre en carton de papier toilette. Durant les vacances, Etienne et quelques parents, assurent l’arrosage et l’entretien. En fin d’année scolaire une porte ouverte est organisée avec visites conduites par les enfants. Les légumes récoltés sont consommés ou distribuées aux personnes âgées de la commune. « Et les enfants transmettent aux parents et grands-parents qui viennent aider, les commerçants qui offrent des produits, une chaîne solidaire s’est crée et en fin d’année, tout ce petit monde se réunit, cela me comble de bonheur, c’est mon effet papillon ». L’objectif d’Etienne Mouly est clairement de susciter l’envie de faire et sa devise « donner du sens aux actions pour les faire accepter », est particulièrement efficace pour les séances de désherbage ! Le jury a souhaité encourager la grande motivation de ce dispositif totalement dédié aux scolaires.

CATÉGORIE 5 : POTAGERS PARTAGÉS MIS EN PLACE ET CULTIVÉS AU SEIN D'UNE ENTREPRISE OU PAR UNE ASSOCIATION

1er prix : Christophe PLOUVIER & Éric BESSEAU – Sté OR BRUN – Saint-Jean-de-Monts (Vendée)

© PLOUVIER-BESSEAU / CNJP2019

Le Jardin est situé au sein de l’entreprise OR BRUN, filiale du groupe Eléphant Vert, près des locaux mis à la disposition du personnel pour les repas et la détente. Le potager est composé de 20 bigbags de 1m3 de terreau disposés au sol sur une surface plane de 150 m². Dans ces contenants, on retrouve les légumes classiques du potager, carottes, poireaux, salades, fraisiers, haricots verts, tomates, pomme de terre… sans oublier les plantes aromatiques. Ces plantes cultivées avec un terreau fertile a base de fumier de ferme, algues marines, terre végétale, sans aucun engrais chimique, permettent de récolter des légumes biologiques avec succès. Cette initiative a été proposée et mise en place par les salariés de l’entreprise en début de cette année 2019. La création et l’entretien des cultures se fait au moment des poses ou en dehors des heures de travail. 3 à 4 salariés s’investissent sur le potager, mais tous les autres viennent se servir au gré des besoins. L’ensemble du personnel apprécie de pouvoir consommer ces légumes biologiques et de partager au travers de ce jardin des moments de détente et d’échanges sympathiques. La direction est très satisfaite de cette démarche qu’elle a largement encouragée, et permet de confirmer la qualité de leur terreau de culture biologique. Le jury a apprécié l’accueil et constaté une réelle motivation des employés. Cette idée d’installation en bigbag pourrait se développer auprès du grand public pour créer un Mini jardin biologique sur des surfaces très difficiles à cultiver, et peut être mélanger des espaces floraux, avec différentes options de décors. Le groupe Eléphant Vert adhère à l’association « Alliances fertiles » qui a pour vocation la mise en place et le développement de jardins partagés en Seine et Marne, élargi aux départements limitrophes.

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