La SNHF révèle les quatre lauréats de la 2e édition du concours.

La cérémonie de remise des prix du concours « Jardins Secrets » a eu lieu à Paris, le 11 juin 2026 à l’Orangerie de Bagatelle.
De mars à mai 2025, des jardiniers de la France entière se sont portés candidats pour participer au concours « Jardins Secrets » et tenter d’en être les lauréats en tenant le plus grand compte des critères de jugement des jardins, tels que l’insertion du jardin dans son environnement, la composition paysagère, le choix de la palette végétale et sa diversité, la qualité et les méthodes d’entretien.
La SNHF a réuni pour cette seconde édition des jurys composés de professionnels du jardin et de l’horticulture, membres de la SNHF, personnalités, journalistes sous la présidence d’Anne-Marie Slézec, vice-Présidente de la SNHF.
Dès juin, le jury national a sélectionné, parmi tous les dossiers de candidature reçus, dix jardins appelés à être visités et évalués par des jurys régionaux, situés dans les régions Hauts-de-France, Nouvelle- Aquitaine, Bretagne, Île-de-France, Normandie, et Centre-Val de Loire.
Suite à ces visites, le jury national du concours « Jardins Secrets » a souhaité récompenser quatre très beaux jardins, imaginés, aménagés et entretenus avec soin par des propriétaires soucieux de leur cadre de vie, mais aussi d’environnement, et férus de botanique et de jardinage.
LE PRIX DU JARDIN DE MOINS DE 500 M²
Le Jardin des Tours de Dominique Bilau à Mont-Saint-Eloi, Pas-de-Calais


Derrière un discret passage entre deux maisons du village de Mont-Saint-Éloi se cache le Jardin des Tours, véritable « jardin secret » : un lieu que l’on découvre progressivement, où chaque détour révèle une nouvelle scène végétale. Créé par Dominique Billau, ce jardin de 500 m² est né d’une ancienne friche arborée dont les grands arbres ont été préservés. Inspiré par les principes du « jardin en mouvement » de Gilles Clément, il démontre qu’un terrain étroit et pentu peut devenir un espace d’une grande richesse paysagère lorsque l’on sait observer et accompagner le vivant.
La visite se déroule comme un voyage poétique à travers plusieurs « micro-jardins » thématiques. Le bosquet des ombres et des toxiques, le carré d’accueil, le jardin des dézingués, le coin des quatre éléments, la mare biotope et, en contrebas, les murets des Bleus du couchant composent un parcours plein de découvertes. Les limites sans haies permettent d’inclure le jardin dans son environnement rural immédiat en conservant les vues lointaines et perspectives.
Chaque espace a son originalité et une richesse végétale adaptée. Avec par exemple, le « bosquet des ombres et des toxiques » qui ouvre la visite : on y chemine sous les cépées âgées, pas à pas, en s’instruisant sur les plantes toxiques : lierre, taxus, buis, arums d’Italie, hellébores hybrides de collection, digitales, aconits, ancolies, anémones sylvie, daphnés, Cimicifuga, épimédiums, muguets, etc.
Le jardin constitue un véritable écosystème paysager, aménagé en respectant la flore et la faune existantes à l’origine. Le jardin est géré de manière écologique : récupération des eaux pluviales, alimentation de la mare naturelle, compostage, limitation des tailles, absence de gazon et large place accordée aux plantes indigènes…
Au-delà de ses qualités paysagères, ce jardin séduit surtout par la passion communicative de Dominique, toujours désireux de transmettre ses connaissances et de partager son regard sur la nature.
LE PRIX DU JARDIN DE MOINS DE 1 500 M² À 5 000 M²
Les Jardins d’Altona d’Eliane et Gert Lebret à Fondettes, Indre-et-Loire


Les jardins d’Altona tel est le nom donné à ce jardin, du nom d’un district de Hambourg dont Gert Lebret est originaire, intègrent de nombreux jardins. Situé à Fondettes commune classée « 4 fleurs », près de Tours, ce jardin nous accueille à bras ouverts en cette belle matinée de juillet. Pas de clôture matérialisée en apparence sinon végétale et fleurie, de magnifiques hydrangéas nous indiquent d’ores et déjà que la Jardinière a des préférences.
Une fois rentrés dans le jardin, cette impression de fraîcheur en cette journée qui promet d’être chaude, se poursuit et nous invite à continuer. Des crocosmias ‘Lucifer’ étalent leur couleur rouge flamboyante. Un petit arbre aux quarante écus bien intégré dans le massif apporte une note verte élégante.
Nous poursuivons la visite avec Eliane qui nous parle de son immense amour pour les hydrangéas qu’elle multiplie elle-même. Effectivement la présence des hydrangéas dont des hortensias est omniprésente. Cette collection répertoriée par le Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées (CCVS) comporte 350 variétés.
C’est vraiment impressionnant. Nous continuons la visite de ce magnifique jardin avec la propriétaire des lieux qui nous détaille les plantes présentes dans notre champ de vision. Une fleur de Calycanthus floridus émerge soudainement d’un massif au milieu des Hydrangea quercifolia. Hemerocallis, Alstroemeria, Lysimachia, Hibiscus syriacus sont mélangées dans un florilège de couleurs.
On s’y sent bien dans ce jardin, que d’émotions au fur et à mesure de notre visite. Un bassin piscine nous offre un instant de fraîcheur supplémentaire. L’Ulmus elegantissima ‘Jacqueline Hillier’ à proximité nous propose sa forme taillée en nuage. Eliane et Gert effectuent vraiment un travail exceptionnel qui nécessite un investissement de tous les jours.
LE PRIX DU JARDIN DE PLUS DE 5 000 M²
Le Jardin des terrasses de Kertugal de Claudine et René Allot à Saint-Quay-Portrieux, Côtes-d’Armor


Situé en haut des falaises de Saint-Quay-Portrieux, le jardin de Claudine et René Allot, haut en couleurs et en surprises, n’a été planté qu’à partir de 2012. Il n’y paraît pas quand on le visite et pourtant. Les 6500 m2 d’un terrain à l’origine nu et granitique, exposé en plein vent, ne laissaient pas présager qu’en quelques années ils abriteraient une diversité végétale telle qu’on la découvre à présent. D’emblée, le choix de ses propriétaires a été de planter en masse et sur tout le pourtour quantité d’arbres et de fruitiers, d’arbustes et de vivaces, depuis le bas du jardin jusqu’au pied de la maison contemporaine qui domine l’ensemble. Le promeneur de hasard, qu’un petit panneau invite à visiter librement le jardin, n’a qu’à suivre le parcours fléché à son attention. Mais l’idéal, c’est de se laisser guider par Claudine et René qui ne demandent pas mieux que de partager leur expérience.
Une fois franchi le portail d’entrée, on chemine en pente douce sur des allées tondues, à l’abri du vent, entre des doubles haies de prunus, de camélias ou encore d’hydrangeas alignés en longues banquettes ou entre des rangées d’hébés multicolores. On croit celles-ci volontairement taillées à hauteur d’homme, alors qu’il n’en est rien. Seul le vent de l’Atlantique se charge de les maintenir à bonne hauteur.
Dans ce jardin remarquable par ses associations réussies, par l’aménagement de chambres de verdure de styles différents, toutes les variétés que ce soient les roses, les vivaces, les grimpantes ou les plantes exotiques, ont volontairement été plantées en nombre. Le jardin doit aussi beaucoup aux plants, boutures ou greffons offerts au fil des ans par les amis et les voisins.
En plus du principe original de doubles haies coupe-vent, la gestion de l’eau est une autre particularité du jardin. Par des mécanismes ingénieux perfectionnés par René Allot, ancien ébéniste toujours à l’affût de systèmes innovants, l’eau de source ou de pluie circule en circuit fermé. De citernes à l’ancien moulin à lin puis de rigoles en bassins et de bassins en miroirs d’eau à débordement, l’eau en mouvement ajoute encore au charme du jardin et attire une biodiversité qui le rend vivant toute l’année.
LE PRIX LUCIE ET ROLAND GOMBAULT
Le Jardin des Hayures d’Annie et Bernard Richard à Wail, Pas-de-Calais


Même s’il est un peu perdu dans la campagne, ce jardin vaut le détour, enserré entre bois et hayures (qui désignent des haies, dans le Nord).
Constitué par ajouts successifs de terrains agricoles ou en friche, ce jardin de 5000 m2 réserve des surprises à chaque tournant et à chaque dénivelé. Les propriétaires ont qualifié de « chambres » ces surprises de verdure, par exemple là un jardin à l’anglaise, ici un autre d’inspiration japonaise et plus on s’éloigne de l’habitation, plus la nature reprend ses droits et redevient pâturage, avec le « jardin prairie ».
Un jardin des « surprises » aux essences et variétés multiples que les propriétaires connaissent parfaitement, par exemple une centaine d’hydrangéas répartie en neuf espèces, des althéa, des hostas, des Géraniums… et aussi un potager avec ses cinquante variétés de tomates anciennes et des arbres fruitiers, le tout réuni sur près de 5000 m2.
Lorsqu’ils accueillent de temps en temps les visiteurs, Annie et Bernard Richard ne manquent pas de souligner que leur jardinage respecte la nature et qu’ils sont très tournés vers l’écologie. L’arrosage se fait uniquement avec les eaux de pluie récupérées, aucun produit chimique n’est employé. En 2017, le jardin des Hayures avait d’ailleurs remporté le prix « Jardiner Autrement » pour ses méthodes et son engagement en faveur de la préservation de l’environnement et de la biodiversité.
Ses propriétaires adhèrent à l’Association « Jardins Passions », qui a fait part à ses adhérents du concours organisé par la Société Nationale d’Horticulture de France « Jardins Secrets ». Un jardin à visiter, entretenu par des passionnés.
Félicitations à tous les lauréats.